1. Problèmes

Ce monde manque cruellement d’amour.
Quelques constats chiffrés, centrés sur la société française – mais les autres sociétés occidentales n’offriraient pas un spectacle très différent:

  • Il y a en France actuellement 2 millions d’ex-victimes d’inceste. 2 millions de personnes qui, enfants ou adolescents, ont été utilisés sexuellement par des adultes en situation parentale. Pour qu’il y ait 2 millions de victimes, l’inceste étant une relation perverse, il faut 2 millions de parents agresseurs. Cela nous fait 4 millions de personnes, soit environ 1 français sur 15.
  • Il y a en France actuellement 1 femme sur 6 et 1 homme sur 10 qui ont été victimes d’abus sexuel, c’est à dire là encore d’un dévoiement profond de l’amour et de la sexualité. Cela fait donc – puisqu’il y a presque autant d’hommes que de femmes – 1 français sur 8, soit environ 8 millions de personnes. Pour violer 8 millions de personnes, il faut 8 millions de personnes. On ne peut pas additionner ces deux chiffres car beaucoup de gens violés deviennent des violeurs. Le chiffre des violés+violeurs est en tout cas compris entre 8 et 16 millions de personnes. Rien que ça.
  • D’après la Fondation de France : « Aujourd’hui, en France, la solitude touche 4,8 millions de personnes . 11% de Français (9% en 2010) ne disposent d’aucun réseau de sociabilité et peuvent donc être considérés comme objectivement seuls. Loin de reculer, l’isolement relationnel a progressé de 20% en deux ans et s’étend à des populations qui étaient jusqu’ici épargnées par ce phénomène. »

Nous ne pouvons pas non plus additionner toutes ces catégories parce qu’elles se recoupent en partie. Certains, comme moi, ont vécu les 3.

Franchement, un observateur impartial exposé à cet état de fait conclurait forcément à une catastrophe humanitaire. Ce pays riche d’argent est un pays pauvre d’amour.

Il y a des responsables à cette situation lamentable. Ces responsables sont les institutions sociales qu’on nomme le couple et le mariage et la famille nucléaire, et les idéologies, les comportements, les mentalités qui vont avec.

Ces institutions sociales :

  • Mettent des millions d’enfants et d’adolescents à la merci de deux parents ou d’un seul, ces parents pouvant être : fous, pervers, violents, miséreux, irresponsables, immatures, malades, faibles, et autres. Quand ces parents seraient aptes à être parents, ils n’en ont pas forcément le temps, c’est le cas des couples qui mènent des carrières chronophages, et des parents sans conjoint qui doivent assumer seul(e)s les frais de plusieurs personnes, donc travailler, donc n’avoir que peu de temps pour s’occuper des enfants. Pourtant, d’après nos mœurs comme d’après nos lois, l’enfant est de facto et de droit la propriété de ses parents biologiques et personne d’autre ne serait habilité à s’occuper de ces mineurs. En cas d’empêchement des parents, la seule solution qu’ait trouvé notre société est soit des institutions froides et aliénantes comme la DASS, soit le placement en famille d’accueil pas toujours compétente non plus (cas perso, j’en connais une qui recueille un enfant qui a été vendu à des pédophiles par ses parents. La mère de famille qui s’en occupe n’est pas du tout apte à le faire, et elle a laissé ce gamin en violer un autre, sans en référer à son autorité de tutelle, pour pouvoir conserver l’argent – environ 1000€ par mois – que lui rapporte le gamin. Cette femme était une esclave de ferme quand elle était gamine, elle en est restée traumatisée et moitié cinglée. Son fils est mon meilleur ami d’enfance, et elle l’a totalement traumatisé, et le père aussi, un mec super violent et brutal. Ils ont aussi 3 filles, dont l’une est héroïnomane et mère célibataire, le père aussi toxico ayant abandonné l’enfant. Voilà une famille d’accueil pas du tout qualifiée. Je ne doute pas du fait que cette situation n’est pas unique.) La conséquence directe de cette dépendance des mineurs à leurs parents biologiques souvent incompétents, c’est que des millions de gens arrivent à l’âge adulte en état de traumatisme.
  • Font tout ce qu’elles peuvent pour interdire, empêcher ou déconsidérer la sexualité adulte. On n’en est plus à le faire par des lois, mais on le fait toujours énormément par des comportements, des attitudes et des idées. Ainsi, il est de facto interdit d’avoir plusieurs partenaires en parallèle. Il est mal vu de vivre sa sexualité librement. Il est mal vu d’avoir une vie amoureuse faite de relations multiples. Au contraire, il est bien vu, il est prescrit par beaucoup de gens, d’entrer dans le moule : 1/ Trouver un partenaire et un seul, être et rester exclusif, en permanence et jusqu’à la mort, avec cet unique partenaire. 2/ Se reproduire avec ce partenaire, faire un, deux, ou trois enfants, puis vivre avec eux pendant au moins 18 années ininterrompues, en permanence et exclusivement. La conséquence directe c’est que beaucoup de gens n’arrivent pas à tenir ces rythmes et ces engagements terriblement exigeants – aimer la même personne pendant des dizaines d’années, vivre avec les mêmes personnes pendant des dizaines d’années. Leur « défaillance » apparente les rend donc malheureux et encore moins aptes à être éducateurs bienveillants ou amants aimants. Le caractère hyper-exigeant de ce qui est demandé aux gens pour que soit respectée l’institution du couple et de la famille nucléaire limitée à 2 parents et 1 à 3 enfants, aboutit à : des disputes, des sentiments d’incapacité, des doutes sur soi-même, de l’angoisse, du stress, de l’alcoolisme, de la toxicomanie, de la dépression, des divorces, des violences conjugales et parentales, et même des suicides et des meurtres : le père tue la mère, la mère tue le père, le père tue les enfants, la mère tue les enfants, les enfants tuent les parents. Les âmes et les corps, en couple comme en famille, finissent par moisir.

2. Solutions

De prime abord, on pourrait se dire qu’on ne peut rien faire, car qui a le pouvoir de changer des institutions sociales basées sur des siècles d’erreur, qui aurait l’instrument magique pour changer les mentalités ? Il n’en est rien. On peut tout à fait vivre autrement qu’en couple et en famille. On peut échanger beaucoup plus d’amour, de bonheur et de fraternité avec autrui en adoptant tout simplement – ICI et MAINTENANT – d’autres idées, d’autres comportements, d’autres valeurs, d’autres usages.

Favoriser l’amour

Au niveau des valeurs, on peut commencer par déclarer que tout ce qui comporte, favorise, génère, maintient de l’amour, est bon, souhaitable et encouragé.

Cela signifie que :

  • Avoir plusieurs partenaires amoureux d’affilée est BIEN
  • Avoir plusieurs partenaires amoureux en parallèle est BIEN
  • Être hétéro, bi ou homo est BIEN
  • La sexualité libre et mutuellement désirée est BIEN

A l’inverse, on retournera évidemment les valeurs puantes du couple et du mariage :

  • Se réserver, s’approprier, privatiser au profit d’une seule personne l’exclusivité de l’amour et du désir d’une autre personne, est MAL
  • Croire en un amour ininterrompu, permanent et illimité, est STUPIDE et NAÏF
  • Limiter l’horizon de chaque vie individuelle à une seule autre vie individuelle, est SUICIDAIRE

Favoriser le vivre-ensemble et l’habitat collectif

Le couple et la famille ne sont pas des instances abstraites, on peut au contraire les voir formater la réalité sociale d’une manière absolument abjecte. La trace la plus significative de l’emprise de l’idéologie du couple exclusif et de la famille nucléaire, c’est tout simplement l’habitat.

Alors que les sociétés humaines ont multiplié les formes d’habitat collectif, l’occident est une des seules cultures à avoir valorisé l’habitat restreint à l’unité familiale.

De sorte qu’il est devenu difficile de trouver un appartement qui soit autre chose qu’une structure familiale. Il n’y a guère que la catégorie des studios d’étudiants et des « chambres de bonne » qui échappe à l’ « universalité » de fait du « foyer familial ». En effet, quand le couple s’est formé et a décidé de « fonder une famille » (c’est à dire simplement baiser jusqu’à ce que la nature produise 3 à partir de 2, ce qui est à la portée de tout un chacun) la prochaine étape sera forcément la recherche d’un habitat pour loger cette famille – un habitant aussi permanent, exclusif, privatisé et replié sur soi que le couple et la famille.

Cette institution qui s’exprime par l’habitat, on peut facilement la casser en restructurant l’habitat, et aussi en libérant les habitants de leurs habitudes 🙂

La solution est connue, c’est celle, d’abord, de la colocation. A savoir qu’au lieu de vivre en famille, on vit dans des communautés à taille humaine, de 3 à 10 personnes. Ces colocataires peuvent être actifs ou pas, parents ou pas, avoir divers âges, même si de fait on sait que les gens ont tendance à se regrouper par affinités, donc par âge, classe sociale, profession etc. Cela ne pose pas problème.

L’autre solution est celle de l’habitat collectif de taille supérieure à celle de la coloc. Je n’ai pas rencontré ça souvent, mais parfois quand même, trois exemples :

1/ Une communauté d’artistes installée dans une ancienne manufacture, à Marseille. Les gens vivent et travaillent sur place. Certains ont des enfants.

2/ Un éco-village dans le sud de la France. Beaucoup des habitants sont des militants écolos, mais pas forcément. Certains ont des enfants.

3/ Un immeuble transformé en habitat collectif à Berlin. Sur 4 étages – sans serrures, avec peu de séparations, avec de grands espaces communs – salon, cuisine, buanderie – et des espaces privés, les chambres. Une quarantaine de personnes y vivent, âgés de 20 à 40 ans. Certains ont des enfants.

Dans ces 3 cas, les enfants deviennent en partie les enfants du lieu et du groupe. Les parents s’en occupent majoritairement, mais quand ils veulent faire leur vie, les enfants et ados restent dans le giron de tous les autres gens qui aiment bien les jeunes. Tout le monde est plus heureux, du coup, la parentalité pèse moins.

Coloc et habitat collectif sont des solutions applicables partout, il suffit de changer les règles d’usage et, le cas échéant, de casser quelques murs ou d’enlever quelques portes – ça fera du bois pour le feu. Et les « familles » et les « couples » y sont bien entendu les bienvenus, à condition qu’ils ne vivent pas en vase clos.

Libérer les mineurs

Déjà, on peut faire en sorte d’empêcher que la situation tragique de dépendance d’enfants et d’adolescents vis-à-vis de trop de parents violeurs ou violents ou abandonneurs ou incompétents soit réduite.

Pour cela, on peut : créer un droit à l’indépendance à partir de 16, voire 14 ans. De là, les jeunes gens qui le souhaitent peuvent échapper à leur vie familiale malheureuse, et aller vivre, par exemple, dans des habitats collectifs solidaires, où ils trouveront plus d’amour et plus d’opportunités de développement 🙂

On peut aussi les autoriser plus tôt à gagner leur vie, tout en empêchant qu’on les exploite. Nos grands-parents travaillaient souvent à partir de l’âge de 14 ans. Les enfants en milieu rural travaillaient plus tôt. Je ne plaide pas en faveur du travail des enfants, mais si le travail est un moyen de gagner son indépendance pour vivre une vie plus heureuse, je ne vois pas pourquoi on interdirait à celles et ceux qui le veulent et qui s’en montrent capables, de gagner leur vie.

On peut aussi abaisser à l’âge de majorité le droit d’accès au RSA. Et on peut envisager des formules intermédiaires entre le travail, les études, et les minima sociaux. Les 16-20 ans qui ont fui leur famille prédatrice ou absente auraient droit aux minimas.

Mettre en commun l’éducation et l’amour des enfants

Si beaucoup de gens sont inaptes à s’occuper d’enfants, d’autres au contraire font ça merveilleusement bien.

Je ne crois pas une seule seconde à l’idée d’un « instinct parental », d’un « amour maternel » ou d’un « amour paternel ». Mes 3 parents – 2 parents biologiques et un beau-père, ont accumulé contre moi enfant et adolescent les crimes suivants, dans l’ordre chronologique : violence, abandon, alcoolisme, violence conjugale, inceste, viol. Il faut ajouter à cela insultes, indifférence, absence complète d’éducation, absence de loisirs. Le reste de ma « famille » – grands-parents, tante – n’a pas bougé le petit doigt pour me défendre. J’ai été témoin de dizaines de situations semblables, il n’en va donc pas que de ma petite personne. L’absence d’amour entre beaucoup de parents et leurs enfants est une réalité, cruelle mais clairement établie. J’avais cru que j’étais le seul, que je n’avais pas de chance : j’ai appris ensuite que nous avons été des millions à subir nos familles, parfois criminelles, souvent simplement incapables.

On peut donc facilement progresser vers un mieux-être social généralisé, on peut à la fois soulager ces parents qui au fond ne veulent pas être parents, et ces enfants et ados qui souffrent d’être avec ces parents qui s’occupent mal d’eux, en remplaçant le système actuel d’éducation par la famille + l’école, par un système plus ouvert et plus diversifié qui inclurait :

– Des lois du type « pension alimentaire obligatoire« . Si des individus ont fait des enfants qui naissent, ces individus doivent en assumer les frais, sauf s’ils se sont arrangés avec d’autres gens pour que ces gens deviennent parents à leur place. Si les parents biologiques refusent de payer, on les y contraindra.

– Une facilitation de l’adoption, assortie d’un consentement surveillé de l’enfant ou de l’adolescent – pas question de les « placer d’office », il faut qu’ils puissent se sentir bien avec leurs adoptants. On institue ainsi une sorte de « délégation de parentalité » (les Ministères vont adorer mon post) basée sur le consentement mutuel. Les enfants et ados ainsi adoptés et adopteurs de leurs nouveaux parents sociaux, restent en contact avec une institution spécialisée auprès de qui ils peuvent se plaindre en cas de problème, si ça se passe mal dans leur famille, si on veut les maltraiter ou les exploiter. Il vaut mieux changer de famille même 2 ou 3 fois, que rester dans une famille qui nous massacre, pas vrai ? Le changement de famille est perturbant, mais quand même moins que les viols et les violences. Le monde ne peut pas être parfait, il est seulement perfectible.

Ces adoptions peuvent aussi se faire non pas seulement avec des personnes physiques, des nouveaux parents, mais aussi avec des personnes morales – des associations par exemple. Ainsi, les unités d’habitat collectif décrits plus haut, sont aptes à accueillir des enfants, sous certaines conditions : aucun criminel avéré dans les parages, entretiens réguliers entre les enfants adoptés et des psychologues et pédiatres qualifiés à repérer le bien-être ou le mal-être des enfants.

Conclusion

Réjouissons-nous : la situation est lamentable, ce qui veut dire que notre société a un énorme potentiel d’amélioration de la qualité de vie, de la satisfaction des besoins sexuels des adultes et des besoins éducatifs des enfants et ados. Nous avons du pain sur la planche, l’amour à faire, des enfants à voir grandir dans la joie et la curiosité, des murs à casser, des millions d’appartements et de maisons à réaménager. De quoi occuper toute une vie ! Des millions de vies !