Dans ce post, je vais essayer d’expliquer et de défendre une tendance de la philosophie politique qui est celle dans laquelle je me situe et que je souhaite contribuer à promouvoir.

D’abord, il faut définir les termes.

On parle d’anarchisme, de philosophie libertaire ; récemment, avec « l’affaire » Julien Coupat (qui n’est qu’une affaire UMP/police/services secrets), on a entendu parler des « Autonomes ». Des trois appellations, celle d’anarchie est la plus commune – mais peut-être pas la plus correcte. Le terme libertaire est clair, il s ‘agit d’être partisan de la liberté, et ça implique qu’on refuse tout diktat. Le terme d’autonomie me plaît aussi beaucoup car son étymologie définit clairement l’éthique en question : auto, soi-même, et nomos, la loi, la règle, donc l’autonomie = le fait de définir soi-même ses propres lois et règles.

Le terme d’anarchie pose problème, non parce qu’il est faux, mais parce qu’il prête à confusion. En effet, beaucoup de gens (qui ne sont pas anars et ne comprennent pas bien le concept) entendent le terme dans le sens « absence de pouvoir ». Une philosophie politique qui prétendrait se bâtir sur une absence totale et permanente de pouvoir se bâtirait sur du vide et ne présenterait aucune intérêt. Le pouvoir est un phénomène humain universel : partout et toujours, on rencontre des structures de pouvoir. Le mot anarchie se décompose  étymologiquement en deux parties : An-, la privation, l’absence de quelque chose (comme dans atrophie, apathie, anémie, anomie, etc), et Archè – qui est non pas le pouvoir au sens de l’exercice d’une faculté (comme dans « avoir des super pouvoirs »), mais la domination au sens de l’exercice d’une force ou d’une contrainte de quelqu’un sur quelqu’un d’autre et contre le gré, contre le consentement de ce dernier. On pourrait aussi traduire Archè par « empire », au sens d’exercer son empire sur, ou par « emprise », au sens d’avoir une emprise sur quelqu’un (par exemple, l’emprise du pervers sur sa victime).

L’anarchie n’est donc pas DU TOUT l’absence de pouvoir, elle est l’absence de domination, et ça n’a rien à voir.

Quand on a dit ça, on a tout dit. Tout découle de ce refus 1/ d’être dominé par autrui, 2/ de dominer autrui. L’un ne va pas sans l’autre. Quelqu’un qui voudrait dominer sans être dominé serait un tyran, et quelqu’un qui voudrait être dominé sans exercer librement sa force serait un esclave volontaire. Les deux sont des ennemis de la liberté. Les deux doivent être fermement combattus et, si possible et par des moyens pacifiques, respectueux de la liberté, ils doivent également être anéantis, de même que le vice et le crime.

Le phénomène humain de l’exercice du pouvoir est donc universel. La domination l’est tout autant. Partout et toujours, les humains ont eu des facultés à exercer, et partout et toujours, une partie de l’humanité a passé sa vie à prendre le contrôle des facultés des autres à leur profit – il peut s’agir par exemple de la capacité à donner du plaisir sexuel dont s’emparent les hommes en violant les femmes et les enfants ; ou il peut s’agir du pouvoir de créer des richesses dont le colon, le patron capitaliste ou l’Etat prennent possession de force ou par ruse chez le colonisé, l’employé ou l’administré.

La domination s’exprime par :

– Toute forme d’autorité politique ou religieuse : Le Roi, l’Empereur, le Shah, le Sultan, le Pape, le Pope, l’Évêque, le Dalaï Lama, et toutes les autres formes dans toutes les autres cultures…

– Toute forme d’autorité militaire : le Général, le soldat, le mercenaire…

– Tout forme d’autorité basée sur le genre sexuel : domination des hommes sur les femmes, le Mari, le Patriarche…

– Toute forme d’autorité basée sur l’âge : les Parents, les Anciens, les « Sages »…

– Toute forme d’autorité basée sur l’argent et le travail : le Patron, le Contremaître…

– Toute forme d’autorité basée sur l’appartenance ethnique : le Colon, l’envahisseur.

– Tout forme d’autorité basée sur l’espèce : l’éleveur de bétail, le boucher, les exploitants de viande, les colonisateurs de forêts, les chasseurs et pêcheurs, tous les humains qui prétendent exercer un pouvoir de force sur les animaux et les plantes.

Un ou une anarchiste ne reconnait aucune de ces formes d’autorité et ne participe à aucune. Mais là encore il faut bien insister : les anars ne rejettent pas du tout l’exercice du pouvoir ou l’expression de l’autorité, bien au contraire !

C’est un point crucial de la théorie et de la pratique anar : on rejette toute autorité extérieure, pour soi comme pour autrui, mais la négation des dominations de certains sur d’autres s’accompagne d’une affirmation radicale et joyeuse des pouvoirs légitimes de tous et de chacun.

Du coup, seul l’anar est un homme, ou une femme, ou un enfant, libre. Ceux qui pratiquent la domination de manière passive ou active, les tyrans et les esclaves, commettent tous la même erreur fondamentale qui consiste à pratiquer un pouvoir trop fort ou trop faible en niant soit leur propre droit soit le droit d’autrui à faire la loi.

Les sociétés contemporaines sont toutes sans exception des sociétés basées sur la domination (il faut donc les détruire). Les démocraties délégatives ne sont pas fondamentalement différentes des tyrannies et des dictatures. Dans un pays comme la France contemporaine, le corps politique comporte – je n’ai pas les chiffres exacts – quelques dizaines de milliers de personnes, environ 100 000 je dirais. Il y a le haut très visible de la pyramide du pouvoir : l’exécutif avec le Président, le premier ministre, le gouvernement. Il y a leurs cabinets et leurs fonctionnaires. Il y a des milliers de personnes dans les conseils régionaux et départementaux et municipaux. Il y a les maires et les conseils des 36 000 communes. Même si ces gens sont élus, ils ne représentent jamais qu’eux-mêmes car les gens qui les ont élus n’ont aucun, strictement aucun moyen d’influencer les décisions de l’élu une fois élu. Le vote démocratique s’analyse en fait comme un coup de force pseudo-légitime, qui consiste à signer un blanc-seing à un aspirant-tyran. Tout ce que risque le député, le maire, le membre du conseil régional, c’est de ne pas être réelu quelques années après le début de son accession à la tyrannie. Il ou elle a tout le temps nécessaire pour faire oublier ou passer sous silence ce qu’il ou elle a fait – par exemple toutes les saloperies racistes, sexistes, spécistes, inégalitaires dont le gouvernement Fillon sour Sarkozy s’est rendu profondément coupable. Les choses sont ainsi faites que le citoyen n’est au courant de presque rien à part le travail législatif final. Le citoyen n’a aucun accès à ce qui se dit en son nom dans les conseils régionaux, départementaux, municipaux, etc, qui sont donc pseudo-publics et en réalité presque totalement opaques et privatisés par les élites dirigeantes bourgeoises. Les campagnes politiques sont superficielles et basées sur des beaux discours et des promesses dont la moitié ne sont jamais tenues, et le cirque recommence à chaque élection.  Bref, la démocratie délégative en France est la domination de peut-être 100 000 citoyens sur 65 millions, soit un ratio de 1/650. 1 personne décide pour 650 autres personnes en moyenne, dont tous ceux qui ont refusé d’exercer leur faux droit de vote et qui se font gouverner quand même (j’en fais partie, je n’ai voté qu’une seule fois dans ma vie et j’ai voté non par pour déléguer mais pour être élu (c’était sans espoir, on le savait, la bêtise étant ce qu’elle est) à Marseille aux Municipales en 2008 où j’étais candidat d’extrême-gauche, 14è sur la liste LCR/Comités citoyens, je n’avais rien à voir avec la LCR d’ailleurs, je ne suis pas communiste même si je suis marxiste). Une personne fait la loi, 650 personnes subissent la loi. Ce système pue la merde. Il n’y a aucune forme de démocratie légitime à part la démocratie directe.

Bien d’autres formes de domination sont extrêmement actives dans les sociétés contemporaines. L’emprise des adultes sur les enfants. L’emprise des hommes, en moyenne, sur les femmes. La loi des blancs sur les non-blancs. La loi des hétéros sur les homos. La loi des « démocrates » sur les anti-démocrates. La loi des patrons sur les employés et ouvriers et cadres. La loi des cadres sur les employés et ouvriers. La loi de certaines nations sur d’autres.

On le voit, l’anarchie, ou l’autonomie, ou le libertarisme, entraînent une toute autre répartition des pouvoirs.

Dans les systèmes de domination, les deux rôles dominants/dominé font un pacte, explicite ou implicite, de répartition des pouvoirs. Le dominant a la charge du dominé. Ainsi le mari, le père de famille, le politicien, le colon, etc, se croient investis d’une mission supérieure qui consiste à diriger les dominés, l’épouse, l’enfant, le citoyen, le colonisé, etc, réputés incapables de se dominer eux-mêmes. Les dominés, eux, désirent ou acceptent sans pouvoir refuser, la domination d ‘autrui et certains y trouvent même un profit, qui consiste en une déresponsabilisation. Le dominé laisse le dominant décider pour lui ou elle, et peut y trouver un confort lâche : c’est pratique, quelqu’un instaure l’ordre à ma place, quelqu’un gère les dangers sans que j’aie à me sortir les doigts du cul, qui distribue les ressources, établit et change les règles, sans que le dominé ait besoin d’assumer sa liberté. Je pense que cette lâcheté fondamentale, ce refus de la liberté, explique le succès des dominations. La liberté est autrement plus exigeante que l’esclavage et la tyrannie. (Cf le célèbre De la servitude volontaire, de La Boëtie, toujours valide).

En effet, un ou une anar, libertaire, ou autonome, proclame comme une évidence fondamentale que personne ne peut gérer et assumer sa liberté à sa place. Personne ne peut mieux connaître ses besoins, ses désirs, ses volontés, qu’elle-même ou que lui-même. L’anar revendique l’intégralité de son propre pouvoir. La délégation de pouvoir n’est pas interdite et, au contraire, les anars sont l’essence de la politique. Les forces vitales de l’anarchie peuvent tout à fait souhaiter s’allier, faire des deals, installer des échanges, créer des communautés d’intérêt, gérer les besoins à plusieurs. Les libertés et les facultés anarchistes se fondent sur l’individu mais ont vocation la plupart du temps à le dépasser. L’anarchiste est un joueur qui a besoin d’autres joueurs pour jouer à des jeux dont il élabore ou reconnait librement les règles.

L’exercice du pouvoir anarchiste, autonome, libertaire, se base sur les facultés et les forces vives et créatives des êtres. L’anar prend en charge et se déclare responsable de tout ce qui l’entoure. Les victimes de la domination sont son problème. La destruction de la vie sur terre par les forces dominatrices du consumérisme et du productivisme sont son problème. L’art, la politique, les sciences, sont son domaine personnel. Quand on refuse de déléguer ses pouvoirs, on a les plein-pouvoirs. Cela ne veut pas dire du tout qu’on se croit tout-puissant ou qu’on est mégalo. Cela veut dire qu’on ne refuse pas d’assumer, mais qu’au contraire on accepte pleinement, les droits et les devoirs générés automatiquement par la condition humaine.

Prenons quelques exemples. Depuis longtemps, des sociétés ont développé une classe de soldats, en général des hommes. Ces soldats ont en charge la défense du corps social, ou la prédation au bénéfice du corps social. Par définition, les soldats sont des délégués militaires. Ils sont les seuls capables de protéger ceux qui se croient faibles. Ce modèle est basé sur la domination. Un modèle de défense anarchiste déclare qu’au contraire, chaque personne est légitimement en charge de sa sécurité. Il reste possible de déléguer, mais cela n’apparait pas souhaitable. Au lieu de spécialiser une catégorie de personnes dans la violence légitime, ou éduque tout le monde, par exemple à des techniques de combat de type arts martiaux et auto-défense. Quand on examine les faits sans reproduire les mensonges et des idées toxiques issus des systèmes de domination, il apparait clairement que les catégories de gens réputés « faibles », comme, traditionnellement, les femmes et les enfants, sont tout aussi forts que les pseudo « forts ». En effet, il n’est pas difficile pour une femme de 18 ans pesant 50 kilos de neutraliser un homme agressif de 80 kilos. Il suffit de connaître certaines techniques de combat et surtout de bien étudier les nombreux points faibles du pseudo-fort : un coup de poing dans la gorge au niveau de la thyroïde va infliger un traumatisme respiratoire très handicapant, et qui donne assez de temps soit pour s’enfuir, soit pour affaiblir et faire souffrir encore plus l’adversaire. Les doigts d’une seule main rassemblés en une sorte de pic et frappés d’un coup vif contre l’oeil de l’adversaire, va neutraliser celui-ci pour un bon moment. Un bon coup de genou dans les couilles le paralyse de douleur pendant plusieurs minutes. Dans les pires cas, même quelqu’un de physiquement « faible » peut tuer quelqu’un de physiquement « fort ». Il suffit de connaître les coups mortels, par exemple : trouver une manière de mettre son adversaire à terre (genre, coup de genou aux testicules puis fauchage de type judo), puis un grand coup de pied dans la nuque, et voilà. De très nombreuses personnes subissent des agressions, sans jamais se rendre compte qu’elles pourraient se protéger et neutraliser ou punir l’agresseur. Des femmes et des enfants subissent l’agression des hommes, parce que tous, femmes, enfants et hommes, croient à la même idée stupide et fausse qu’il existe des forts et des faibles, une idée toxique issue de siècles de domination masculine et adulte. Personne n’a dit que l’issue du combat était sûre et automatique. Mais justement : vaut-il mieux subir la violence d’autrui, ou tenter d’y résister ? L’inertie, l’apathie, l’absence d’auto-défense, produisent en moyenne des résultats inférieurs à la prise de responsabilité, donc de risque. Si l’on ne fait pas confiance à son corps pour se défendre, il y a les armes. Un couteau, une bombe lacrymo… mais pensez simplement à une solution simple comme le tube de laque à cheveux : pulvériser ça dans les yeux de votre agresseur ou violeur, il aura beau avoir fait des sports de combat on ne peut rien contre un gaz irritant. Donc sachez-le : si vous vous faites agresser, c’est en partie de votre faute. Il vous incombait de prendre des mesures bien avant l’agression. Si vous choisissez de ne pas développer vos forces, il ne faut pas vous étonner de vous retrouver victimes de ceux qui abusent de leur force.  Un anarchiste gère ses forces et ses risques, il ou elle ne délègue pas la protection sa vie mais l’assume soi-même. J’ai été attaqué plusieurs fois étant enfant et je n’avais appris aucune technique de défense. Adulte, je me suis renseigné sur le sujet. Maintenant, je suis conscient de tout ce qu’il est en mon pouvoir de faire si la situation se reproduit. Je n’attendrai pas que la police vienne me protéger car, enfant, j’ai constaté que ni l’autorité parentale ni municipale ni policière n’ont pu, su ou voulu faire quoi que ce soit pour ma défense. La non-violence est une autre technique utilisable, mais ne marche pas toujours.

Prenons l’exemple de l’activité économique. Dans les sociétés contemporaines, la grande majorité des gens sont des esclaves consentants : ils choisissent la sécurité du salariat qu’ils payent de la perte de leur liberté. Ils aliènent leur liberté à autrui – un chef d’entreprise, ou l’État. Ainsi, il y a environ 1 million de profs/enseignants. Ils et elles ont tous et toutes décidé d’aliéner leur liberté intellectuelle et pédagogique, et d’appliquer à la lettre ce que leur dicte la hiérarchie des pouvoirs en place, en l’occurrence : 1/ Le ministère de l’Éducation Nationale, dirigé par le ministre nommé par le président élu par la pseudo-démocratie. 2/ Le Rectorat, qui relaie les ordres  du haut vers le bas. 3/ Le chef d’établissement. Ainsi, dans les horaires, les contenus et le style d’un prof, tout est sous contrainte et rien n’est libre – ce qui suffit à discréditer fondamentalement ce million d’esclaves qui perdent tout droit à enseigner quoi que ce soit légitimement dès lors qu’ils ont eux-mêmes fait le choix de vendre leur liberté. Celui ou celle qui ne sait pas gérer son esprit et son rapport aux autres soi-même, n’a aucun droit à l’éducation de quiconque, au contraire cette personne devrait d’abord s’éduquer soi-même suffisamment pour accéder à la domination de soi, à l’autonomie, et à la liberté. Moi, je suis prof. J’enseigne l’art narratif. J’ai organisé des dizaines de workshops, deux à Marseille et la plupart à Berlin. Je n’ai pas demandé à quiconque de valider mes formats horaires, ou mes contenus, ou la disposition de la salle, ou les droits et devoirs de mes élèves, ou le prix (je vends mes services, mais le prof lambda aussi, et il/elle les vend même bien plus cher que moi), ou – surtout – les contenus. J’enseigne d’ailleurs une discipline qui est tout simplement ignorée dans les grandes largeurs par l’Éducation Nationale : allez demander un cours de narratologie pratique ou d’écriture créative  dans une université française, vous ne trouverez quasiment rien. En enseignant, j’exerce mes droits, je mets en œuvre mes forces, je deale avec autrui en organisant un échange connaissance contre argent, je subviens à mes besoins tout en subvenant à ceux d’autrui.  Pour l’instant, j’ai des revenus faibles donc je ne paye pas d’impôt à l’Etat. Plus tard, je devrai lui verser de l’argent et il est clair que je considère cela comme une extorsion de fonds, car en réalité si on me demande si oui on non je veux appartenir à la société française et être dominé par ses lois, ma réponse est claire : c’est NON. Hors de question. En l’occurrence, la domination démocratique ne me laisse tout simplement pas le choix. Je n’ai pas le droit de renier ma nationalité. Je le fais moralement – et même, démocratie française, je te chie dessus ! -mais en droit, ils pourraient toujours m’envoyer ce qu’ils appellent la force légale (qui n’est qu’une force hostile à mon autonomie), tout leur arsenal de flics, agents fiscaux et administratifs divers, huissiers, procureurs et je ne sais quels vendus tyranniques encore, et ils pourraient déclarer que je n’ai pas correctement rempli des obligations… que je n’ai en réalité jamais acceptées. Pour une nation dont la devise comporte le mot « liberté », ça la fout mal.

Comment fabriquer une société anar, autonome, libertaire ?

Ce n’est pas compliqué et c’est à la portée de tout un chacun.

Il suffit de faire deux ensembles de choses :

1/ Se retirer de tous les cadres sociaux aliénants. Donc, il faut quitter son conjoint qui nous rend malheureux, fuguer de chez ses parents débiles pour aller vivre dans une communauté d’amis, il faut poser sa démission en insultant son boss copieusement au passage, il faut dire merde à l’Etat systématiquement, il faut s’abstenir d’avoir des relations avec celles et ceux qui acceptent et renforcent les dominations et les priver, au moins, de notre être et de nos ressources. Il faut refuser de voter, refuser de travailler contre son plaisir, refuser de dominer et d’être dominé.

2/ Il faut ensuite – et cette étape est l’essence de notre projet – cultiver nos forces et développer nos facultés, connaître étendre et mettre à disposition d’autrui les outils pratiques et théoriques de désaliénation, de libération, de pouvoir (c’est le but de cet article), et chaque fois où ce sera pertinent, mettre en commun des ressources pour faire en sorte que les forces libres soient plus fortes que les forces oppressives. Le capitalisme peut couler tout simplement du fait du refus des travailleurs de bosser pour le compte du patron. La sexisme macho peut s’effondrer du seul fait que les femmes comme les hommes élimineront systématiquement les partenaires potentiels qui prétendraient dominer ou être dominé(e)s. Ainsi l’homme libertaire n’aura aucune relation amoureuse avec des femmes sexistes qui attendent d’être protégées et prises en charge par un homme. Il est hors de question d’accepter de devenir le maître d’un quelconque esclave. Les hommes et les femmes ayant l’égalité civile et politique absolue, il n’y a plus aucune raison pour que les hommes payent des verres et des faveurs aux femmes – au contraire les femmes doivent payer également et être payées de la même manière que les hommes. Je n’insiste pas sur la réciproque qui est évident à presque tout le monde. Ce qu’on appelle la courtoisie est une forme subtile et déguisée de domination : l’homme ouvre la porte à la femme, comme si la femme était incapable d’ouvrir une porte elle-même et d’entrer dans une pièce la première ? L’ouverture d’une porte étant un acte accessible à 99% de la population (sauf certains handicaps lourds), il n’y a pas de raison pour que quiconque ouvre la porte à quiconque. Ce n’est pas interdit et il faut bien passer dans un certain ordre, qui importe peu. Mais cela ne saurait être considéré comme un droit ou un devoir. Le raisonnement vaut pour tous les autres aspects de la vie sociale.

Cultiver ses forces signifie s’assumer soi-même et reconnaître que chaque humain est capable de ce dont l’humanité est capable. Ainsi, tout le monde peut apprendre le judo ou la théorie quantique, la comptabilité ou la fabrication d’ordinateurs. Bien sûr tout le monde n’a pas exactement les mêmes capacités, on a tous des forces et des faiblesses, des compétences et des lacunes. la vie consiste à apprendre et à avoir plus de forces et plus de compétences et moins de faiblesses et moins de lacunes. Refuser de se développer, c’est refuser de vivre et choisir de mourir. Choisir de mourir ne mérite pas le respect, sauf si c’est par souffrance et désespoir. Choisir de rester comme la nature nous a faits, c’est à dire faibles, ignorants, vulnérables, c’est s’enfermer dans une condition lamentable et indigne. Au contraire, se donner à la joie de se battre, de s’affirmer, de grandir, de mûrir, c’est être pleinement humain et pleinement libre et responsable.

Voilà, je m’arrêterai là pour cette fois.

Si vous êtes déjà autonome, je n’ai pas besoin d’insister.

Si vous n’êtes pas encore autonome, questionnez-vous sur tout ce que vous et l’humanité auraient à gagner à ce que vous preniez le pouvoir au moins sur vous-mêmes.

Si vous êtes intéressé/e/ par la philosophie et la politique anar/libertaire/autonome, je me permets de vous recommander la lecture du délicieux « Petit lexique philosophique de l’anarchisme. De Proudhon à Deleuze« . Perso j’ai pas attendu de lire ça genre en 2005 pour être un anar naturel. J’étais déjà libertaire, indépendant par l’esprit et réfractaire à toute autorité extérieure à 16 ans.  J’envoyais déjà chier mon milieu et mes profs même avant. Vive la liberté.