Alors, les news dans le secteur de la diffusion d’œuvres culturelles :

1/ Virgin dépose le bilan. Eh bien, je m’en réjouis, on n’a plus besoin des marchands, on a besoin des œuvres. Le fait qu’elles se dématérialisent rend leur distribution bien plus facile, et c’est super ! Elles ne font d’ailleurs que retrouver leur nature profonde : œuvres de l’esprit d’abord et avant tout, émotions, idées, phrases.

2/ En décembre 2012, la Commission européenne (que j’aime assez en général ! qui veille au grain sur pas mal d’arnaques et d’infractions) a conclu une enquête anti-trust en faisant céder Amazon, Apple, Simon & Schuster and Harper, Hachette Livre, et Verlagsgruppe Georg von Holtzbrinck, sur la question du prix du livre électronique.

Alors, un petit commentaire : m’apprêtant à publier d’un coup une trentaine de livres électroniques dont je suis l’auteur, je me suis évidemment posé la question de la commercialisation.

Mes aventures avec l’édition m’ont depuis longtemps convaincu que je pouvais faire mieux tout seul et sans me faire arnaquer, ou du moins, sans abandonner mes droits à vie, sans avoir à accepter de ne toucher que 10% du prix de mes œuvres, sans avoir à déléguer le graphisme et la typographie et le paratexte, sans dépendre de qui que ce soit. Je suis donc auto-éditeur, c’est clair, assumé, voulu. Bien, mais ça ne règle pas la diffusion.

Pour avancer dans la question de la diffusion, je me suis intéressé aux conditions que nous font les diffuseurs géants, ceux qui permettent la centralisation et un accès relativement unifié au marché offre/demande culturelle (pas tellement pour ma littérature perso, mais plutôt pour mes activités en tant qu’enseignant de l’art narratif, bien plus importantes que ma petite œuvre.)

J’ai donc étudié (début 2012) les conditions d’Amazon et d’Apple. Résultat ? J’ai vu que ces gens se proposent, simplement pour héberger des fichiers et faire bénéficier les vendeurs de leur service, de nous prendre entre 30 et 70% du prix de chaque livre. J’ai lu ça en me demandant si une quelconque drogue pouvait me faire halluciner, ou si vraiment il fallait que j’en croie mes yeux. Si on veut vendre un livre 10€, ils vont prendre 3 à 7€ dessus. On y a passé un an, eux vendent tellement de millions de références que chaque nouvel ouvrage leur coûte – je fais une estimation à la louche, sans aucune info fiable à ce sujet – quelques minutes, quelques heures, et certainement pas quelques jours. Voilà comment se comportent ces grands requins blancs du capitalisme culturel globalisé : ils estiment la valeur de leur propre travail de merde à 1000 fois plus que le travail des auteurs, ce qui témoigne d’un parfait mépris envers ce qu’ils vendent. Tout simplement un gigantesque racket mafieux, dégueulasse, gerbant.

En conséquence j’ai décidé de ne PAS les aider à gagner un seul centime sur mon dos. Par ailleurs, je ne leur achète jamais rien. S’ils viennent saloper notre monde et laminent nos créations, ce sera la faute de leurs clients – acheteurs ou vendeurs – et pas la mienne.

J’ai cherché rapido s’il y avait d’autres solutions, et là encore cela ne m’a pas semblé en valoir la peine : même un publie.net s’accapare la moitié du prix du livre électronique, donc dans ces conditions, c’est même pas une option.

Bilan : je dois donc, par défaut, être non seulement auto-éditeur mais également auto-diffuseur. A moi les bénéfices dégagés par mon œuvre, et à moi aussi tout le long travail de promotion.

Cette solution n’est pas satisfaisante, car le boulot de commercialisation est très loin des qualités requises pour le boulot de création : je n’ai pas envie de passer mon temps à être un putain de marchand.

Donc :

Exigeons un service public européen de la diffusion des œuvres culturelles

Je demande à l’Union Européenne de se pencher sur la question : cela ne vaudrait-il pas le coup, au lieu de voir les œuvres de milliers d’artistes français se faire piller par les américains – les chinois s’y mettront sans doute bientôt – et au lieu de voir les clients français se faire escroquer par des cinglés avides, cela ne vaudrait-il pas le coup de fabriquer de l’emploi qualifié en Europe en montant un équivalent de l’Apple Store ou d’Amazon, sous forme d’un service public dont les marges sur les produits vendus équivaudront STRICTEMENT aux coûts de production réels, sans chercher à voler et usurper des marges de 30 à 70% sur un travail qu’on n’a pas fait soi-même ?

Sans problème, un tel système pourrait tourner en grande partie à base de logiciel libre. Les évolutions nécessaires seraient mises en œuvres par des techniciens/programmeurs français ou européens.

Une évidence :

– Un tel système où la marge de l’hébergeur/diffuseur serait simplement le prix coûtant et pas une arnaque capitaliste, serait absolument imbattable du point de vue du prix de vente. Un tel système offrirait évidemment : un prix d’achat plus bas pour les lecteurs/auditeurs/spectateurs, et une rémunération plus forte pour les auteurs/éditeurs/maisons de disques/entreprises de cinéma etc. Que demande le Peuple ?

Je conclus en faisant remarquer à mon lecteur qu’une fois de plus, la libre expression de mes petites opinions pourrait me valoir un procès en diffamation gagnable par Apple ou Amazon, dès lors que je viens de les traiter de voleurs, ce qui est une conviction personnelle. Les voleurs ont donc non seulement le marché de la culture, mais ils ont aussi, jusqu’à preuve du contraire, la loi pour eux, étant protégés systématiquement par la sacro-sainte présomption d’innocence alors que l’évidence de leur malhonnêteté saute aux yeux.

Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, vient d’être célébré comme un des meilleurs patrons de la planète. Je corrige : un des meilleurs escrocs légaux de la planète, un non-artiste capable de détrousser des millions d’artistes ! Des pirates américains qui mettaient des films à disposition gratuite viennent par ailleurs de se faire condamner à 5 ans de prison. Ailleurs, un autre a été condamné à 1 million d’euros d’amende. Le rapport de force est clair, et il est en faveur des voleurs légaux et pas des voleurs illégaux. Je hais les voleurs, de tous poils : mais je respecte quand même plus les pirates condamnés que le PDG célébré.