Fous d’Artaud
Sylvère Lotringer
Sens & Tonka
278 pages, 18 euros

 

Un universitaire de New York revient sur la période 1937-47 de la vie d’Artaud, du voyage en Irlande à l’internement concentrationnaire à Ville-Evrard, des électrochocs de Rodez au laudanum d’Ivry. Dans de bizarres essais pas parfaitement limpides, Artaud fou est expliqué par Artaud affaméet Artaud Juif, selon un argumentaire mi-crédible mi-bancal, ou encore il est reçu comme un dadaïste qui aurait constitué sa dinguerie en image du monde paranoïaque du 20è siècle, thèse séduisante mais peu étayée.

Famille, disciples, psychiatres surtout (Ferdière, cultivé et roublard, ami des surréalistes mais fervent de la thérapie de choc, et Latrémolière, provincial rat d’église grincheux et sans goût), participent du délire dans des entretiens vifs et bien menés où sont débattues les questions de la mort d’Artaud (de quoi), de ses écrits (quel sort, quelle portée), de son traitement asilaire (salvateur ou assommant), de sa religion (Antéchrist athée ou mystique catholique). Mais si Lotringer a voulu remettre les pendules à l’heure, il faut avouer qu’à l’atterrissage, on ressent toujours la fatigue d’un fort décalage horaire.