Artaud passe au crible

Artaud, l’aliéné authentique
Evelyn Grossman
Farrago / Léo Scheer
169 pages, 15 euros

 

Collection de commentaires de textes, réunion d’articles pour certains inédits, pour les autres augmentés, ce nouvel opus sur un Artaud décidément à la mode est un petit monument de complétude et de sérieux : un long panorama qui va des textes de 1924-25, L’Art et la mortLe Pèse-nerfs, à ceux de 46-47, Van GoghPour en finir avec le Jugement de Dieu, sans oublier le Théâtre de la cruauté ou les Tarahumaras des années 30 ; s’il manque quelque chose c’est peut-être seulement un essai sur Héliogabale, étrange et grand roman souvent oublié.

A base de linguistique, d’étymologie, d’extraits de lettres, de fragments biographiques, tout cela agencé avec rigueur et soin, on lit avec plaisir des analyses bien faites du mal dire et du maudire, une dissection de la notion de «résurrection de la mort», des rapprochements avec Beckett ou Blanchot, tout cela appuyé sur un large éventail de citations. Toutes les disciplines abordées par un Artaud polymorphe (les poèmes, le théâtre, la radio, le dessin) sont mentionnées au moins une fois par une critique attentive. Ainsi on reste proche et de l’œuvre et de l’homme, sans dériver vers les habituelles considérations à propos de la «folie ou pas», vers tout le fatras d’imbroglios philosophiques auquel ont pu parfois donner lieu les textes d’après-Rodez. Non, sans complaisance ni apologie, L’aliéné authentique, constitue un très bon moment de critique universitaire à l’usage de tous.