Mise à jour
mercato / groupetto / free tour

Eric Arlix
Al Dante / Léo Scheer
163 pages, 20 euros.

 

Un livre, trois textes, pas vraiment un recueil, pas non plus un roman. A l’intérieur, un monde tertiaire, lisse, futuriste, peuplé de VIP, de marketeurs et de chefs de projet multimédia.

Dans Mercato, des tueurs affiliés à des « ligues stabilisatrices » sillonnent l’Europe, boivent des cocktails énergisants et gèrent des statistiques de performance : ces tueurs sont les utilisateurs d’un jeu en ligne. « Quelques balles perdues de tireurs schizophrènes viennent ponctuer ce genre de séquences. »

Groupetto, le second récit, pastiche une étude de sociologie et met en scène quatre individualistes (désignés par leur pseudo) friqués et jouisseurs, adeptes des cosmétiques et de la gestion relationnelle.

Dans Free tour on visite « Yeahh Town » (« terre du win et du surgun« ), pour vivre l’amour avec Mel et Brenda – mais ce n’est encore qu’un jeu, et d’ailleurs tout est faux. Oubliez les vrais gens, la sincérité et les sentiments, ici « je jogge, je transe, j’hallucine, je conceptualise« , ici scorer est un verbe, stabilisé un adjectif ; ici on fait une littérature de jeune cadre dynamique, hyper-contrôlé, sans états d’âme, ou juste sans âme.

Bien qu’un peu complaisante dans l’utilisation intensive d’une novlangue franglaise, très « hype » et empruntée au lexique improbable des spécialistes du managering américain, comme elle nous change cependant, cette écriture moderniste, froide et relâchée à la fois, de la stupéfiante prose fadasse de ces auteurs à la K. Dick ou Gibson, qui ont vu un mot pour la dernière fois en 1976, et encore, c’était de loin et dans un brouillard « subsensoriel ».

SF du présent, rapport écrit un vendredi (jour des vêtements casual) par un DRH infusé de THC et de médocs détournés, ou par un ingénieur froidement in mais vraiment coolMise à jourcaricature le monde frivole, fashion et insensible des hyperurbains nomades dans leur course à la réussite, sans trop qu’on sache s’il le dénonce ou l’accepte ; parfois il le moque, on apprécie pas mal, quoiqu’on s’en moque un peu.