Grattés à l’encre noire

La plume et le crayon
Gregory Masurovsky et Michel Butor
Somogy éditions d’art
119 pages, 28 euros

 

Le graveur et dessinateur américain Gregory Masurovsky est une des nombreuses collaborations artistiques de Michel Butor qui, non content d’être un de nos derniers romanciers « historiques », est encore un des polygraphes les plus fertiles de notre littérature – sa bibliographie a, paraît-il, récemment dépassé les mille titres, tous genres confondus.

Depuis leur première publication commune il y a 40 ans – GM avait illustré l’édition japonaise de l’Emploi du temps – Masurovsky et Butor n’ont eu de cesse, au fil de dizaines d’œuvres, de chercher un espace de dessin et écriture conjoints, chacun s’infiltrant dans les blancs de l’autre. Ils ont signé ensemble toute une tripotée de livres illustrés, estampes manuscrites, cartes postales, catalogues etc, reproduites dans ce livre après un long entretien repris d’un numéro spécial d’Obliques, à Butor consacré. Des trames lithos, des femmes nues, un plan d’évacuation du second sous-sol ; la vague, la montagne, le Japon, la Statue de la Liberté ; des arbres, le gris typographique, les transports, Van Gogh : avec d’infinies variations de thème et de technique, ils ont co-grattés leur œuvre mixte avec pour toute matière le blanc du papier et le noir de l’encre, et sauf si l’on se trompe, c’est très épatant à regarder parce qu’à la fois minimal et tellement polymorphe.