La fille qui cherche Egon Bondy
Egon Bondy
URDLA
97 pages, 18 euros

 

Sous le titre générique, deux textes. Dans le premier, une fille ivre et nue s’élance à travers la campagne tchèque, en 1972, à la recherche de l’auteur, Egon Bondy, poète de l’underground et de la dissidence. En pleine verve érotique, burlesque, alcoolisée et très enlevée, elle va vadrouiller de coucherie paysanne en fragment de diatribe antistalinienne, le tout dans une forme librement versifiée très jolie, provocante et habile :

Je ne veux pas vivre dans ce monde !!
Je ne suis qu’une gamine
même s’ils disent que j’ai de gros tétons
et ma petite cramouille en deux jours de repos
est si petiote que je peux la prendre entre mes trois doigts.

Le second texte joue sur le même rapport amoureux comme fondement de l’écriture : c’est la lettre, réelle cette fois, de Honza au poète, après une semaine passée ensemble en 1962 et dont il dit: Je ne me rappelle strictement de rien. Nous étions sans cesse complètement noirs. Lettre de 35 pages, lyrique et dynamique, qui voit passer Honza de la douceur à la bienveillance, des menaces à la contemplation hébétée, et qui atteint des sommets dans l’expression d’un désir débordant – mais à nouveau la menace : Si tu me dis encore une fois de t’écrire cinq à six lignes, je te casse la gueule sans émotions sexuelles, aimé !

Femmes libres un tantinet chasseresses, poète-amant sournoisement dissimulé dans son ombre, énergique subversion sur un reste discret d’indélébile terreur nazie (Egon Bondy est, par hommage et provocation, un pseudonyme juif), font de ce livre une œuvre importante de la littérature tchèque, proche de celles, plus connues, d’un Milan Kundera ou d’un Bohumil Hrabal.