Machines surréalistes

Le Surréalisme de Duchamp à Deleuze
Anne Larue
Editions Talus d’approche
Michel Bourdain / BP 36 / B7060 Soignies (Hainaut) / Belgique
www.talus.be
223 pages, 15.50 euros.

 

Ici, pas d’Histoire littéraire académique avec les classiques définitions exhaustives des contenus et acteurs de l’ismisme. Du Surréalisme des manuels, il sera finalement peu question. D’analyses audacieuses en rapprochements fructueux, avec une méthode et dans un style aussi intéressants que son objet, Anne Larue flâne intelligemment dans ses thèmes, – le machinisme, l’amour courtois, mai 68… – , fusionne les références, abouteBretonCarrouges et Deleuze, connecteDuchamp le bricoleur intellectuel avec Marinettiet les machines de la vitesse jusqu’à Virilio etSloterdijk, et décrit, finaude, les Surréalistes comme une troupe de Célibataires tournant autour de la Mariée de leur homosexualité de troubadours modernes, prompts à jeter la Femme en gardant l’eau de l’Amour.

«Non seulement le surréalisme jette les vieilles gloires au bas de leur piédestal pour élaborer une culture de rechange, mais encore il défroisse les plis rhétoriques que la pensée a pris au cours des siècles : il jette à bas la logique issue de la scolastique, pour prôner la juxtaposition, la rencontre, le choc, le collage.» Anne Larue fait de même en privilégiant pour alimenter ses chapitres touffus les dispositifs de l’Anti-Œdipe et de Mille Plateaux, en opposant la Révolution qui ne veut rien aux gros systèmes totalitaires. Au final c’est de l’essai de grande classe, dans une édition dont on regrette quelques évitables coquilles.