Edition d’auteur 1 – Vive les livres moches, nuls et chers, je dis « vive les requins »

Edition d’auteur 3 – Les chaînes du livre
Edition d’auteur 4 – Le vent nous portera !
Edition d’auteur 5 – Problèmes résiduels

6/ Hogarth Press II, édition d’auteur à comité de lecture participatif punk

 

Il faut poser des actes d’une si complète audace que même ceux qui les réprimeront devront admettre qu’un pouce de délivrance a été conquis pour tous.

Claude Gauvreau, auteur québecois.

 

Le passé de la HPII

A l’origine, la HPII, c’est moi seul singeant une structure éditoriale. Singer seul, c’est marrant, singer à plusieurs, c’est encore meilleur.

La HPII est née du besoin de publier de petits textes dont j’avais les propriétés graphiques en tête; dont je savais qu’aucun dictateur (syn.: éditeur) ne voudrait ou ne voulait, pour cause entre autres de format réduit et d’exigence d’absence de nom d’auteur en couv ; enfin, de mes désirs d’indépendance suite aux fortes, très fortesfrustrations surgies après publication de mon premier livre.

Les deux premiers livres HPII, The Farm et New York, furent conçus, par moi, seul, et MALPas assez bien du moins. Puis la couverture de The Farm a été refaite en collaboration avec Julien Bach – une collaboration très fructueuse et complémentaire (qui a donné aussi le graphisme de ce site).

Le troisième livre HPII, Balades autour de l’axe central, a été conçu sur des bases encore meilleures : avec Julien, à partir d’une reproduction d’une grande oeuvre de Pierrette Bloch, artiste contemporaine superbe.

 

L’avenir de la HPII

Au cours de la dernière année, une tripotée de relations personnelles et d’échanges se sont mis en place. Le site est devenu plus collaboratif – Julien Bach au graphisme, Julien Kirch au JavaScript, Guillaume Fayard rédigeant le Dossier Moussempès suite à un article de moi sur cet auteur enthousiasmant.

L’ancien système, c’est : quelques personnes se proclament éditeurs – et reçoivent des manuscrits, se les foutent sous le cul pour avoir les yeux à bonne hauteur du bureau, niquent l’auteur, captent tous les droits sur son oeuvre, se réservent les profits, ratent la mise en forme, commercialisent comme des porcs.

Le nouveau système proposé ici dissocie les propriétés de l’ancien éditeur et de l’ancien diffuseur et de l’ancien libraire, QUI ONT DISPARU, et les réattribue aux deux acteurs essentiels :

1/ Le travail d’écriture, de mise en forme, de fabrication et de diffusion du livre (rédaction promotionnelle, prise des commandes, postage), relève de la responsabilité de l’AUTEUR.

2/ La responsabilité de validation du LIVRE (pas seulement du texte), et quelques charges de diffusion, reviennent au LECTEUR, qui devient donc comité éditorial démocratique.

Tout le monde peut s’inscrire (puis se désinscrire) en tant que membre du comité éditorial HPII. Nominativement ou anonymement. (Les anonymes seront notés « anonymes ». On peut soutenir sans vouloir le faire savoir.)

Un livre doit être validé par une personne EN SON AME ET CONSCIENCE, en restant attentif à ne pas participer à une pollution livresque de plus, comme savent si bien le faire les comités éditoriaux traditionnels.

Pas de comité éditorial = pas de livres publiés par la HPII.

On s’assure ainsi que :

– Une publication ne correspond pas à un « coup » commercial, puisqu’il n’y a pas de jeux d’intérêts ;

– Le livre publié correspond à une demande effective du lectorat : il est « appelé à naître » ;

– L’auteur est directement responsable devant ses lecteurs, et non plus caché/montré comme un pantin fantôme par les intermédiaires, éditeur en tête ;

– Aucun requin n’est nourri au passage ;

– La liberté est garantie pour tout le monde, dans le respect du livre et de son lectorat s’il existe.

Les personnes qui entrent au comité éditorial sont membres d’une « petite troupe de théâtre itinérant » qui joue une sorte de Brecht revisité par les Sex Pistols de Greil Marcus. Ils participent à une contre-proposition en acte.

 

PAIX

On a vu, dans cette série de chroniques, qu’à trop déléguer les pouvoirs, à toujours ne rien faire, tout le monde, auteurs, lecteurs, acteurs du livre, contribue aux notables misères du monde littéraire. Pour s’en sortir, revenir à une éthique de la responsabilité.

Fin des bombardements. Auteur et lecteur peuvent maintenant, réunis en Congrès, prendre leurs responsabilités, retrouver du pouvoir, refonder un pays(age) éditorial démocratique.

 

Addenda suite à une remarque:

« Mais à quoi sert de dire que des lecteurs inconnus ou anonymes valident tel livre? »

Très simple : la seule légitimité recevable, c’est celle du public. Si le public préfère déléguer son pouvoir de sélection à des massacreurs de texte et à des entourloupeurs de prix Goncourt, Femina, Décembre etc, il a la littérature qu’il mérite et tout le monde est content.

Si la satisfaction du seul lecteur, sans qualification et Bac+8 en comité de lecture supérieure, n’est pas un critère valable, si le plaisir de la lecture n’est pas le SEUL critère valable, alors on ne parle plus de littérature. On parle, justement, de livres écrits, choisis et édités par les soldats du mauvais goût au pouvoir.

Pour avoir le droit de vote pas besoin de diplôme.

Morale, une fois de plus : chacun fait ou ne fait pas son monde.