Dossier Jacques Moussempès 2 : Biographie

1. Présentation

2. Biographie

3. Extraits des Lettres

 

Jacques Moussempès

1931-1981

Ange = boîte à musique = soldat de plomb

Par Guillaume Fayard

 

« Les organes malades doivent mourir les premiers, car la partie saine et vigoureuse sert à fabriquer un puissant corps mort. »
(p 33, Lettre aux directeurs d’agonie et aux artistes de la mort.)

 

Professeur de philosophie et de français le jour, joueur de bridge professionnel la nuit : Jacques Moussempès a le profil aquilin de l’espion, la classe de l’ange déchu. Enquête.

Issu d’une famille ancienne de Biarritz, qui comprend architectes et notables locaux, dont certains plus ou moins excentriques, la « destinée » de Jacques Moussempès est marquée par la trajectoire du père : oisif, celui-ci se ruine au casino peu après la naissance de Jacques. En conséquence de quoi, il abandonne femme et enfants pour Paris : bien forcé de trouver un travail. Le jeu fait ainsi son entrée dans la vie du jeune garçon, traduit aussitôt en dix années d’absence paternelle.

Espion en mission, comme nous voudrions le laisser croire, Jacques Moussempès passe ensuite quatre ans de sa vie au Brésil, puis quelques mois à Pondichéry, attaché à l’ambassade de France en tant que professeur de français et de philosophie – les espions travaillent pour les ambassades, c’est connu.

Plus tard dans la vie, il rencontre et a une liaison avec Anie Besnard, une des compagnes d’Antonin Artaud, auquel Moussempès porte une admiration sans bornes. Il verra Artaud sur son lit de mort, et possèdera un de ses dessins, L’exécration du père-mère, où figure le mot ANA (toutes les « Lettres de commande » en résonnent). Il participe au colloqueL’occident et ses autres en 1978, laissant une communication sur Artaud, intitulée Pour en finir avec l’occident.

Il restera un proche d’Anie Besnard, qui possédait dans son appartement une collection d’automates plutôt exceptionnelle. Des automates aux anges, il n’y a qu’un pas, et des soldats de plomb au milieu d’eux, nimbés de musique céleste : c’est ce qu’il s’agira de montrer ci-dessous.

Moussempès Jacques fonde ensuite une famille. Professeur de lettres dans un lycée de banlieue parisienne, il est pour l’été châtelain de village dans le sud de la France. Pour descendre dans le sud, 700 km en voiture décapotable : univers d’excentriques affublés de bonnets d’aviateurs… Hôte d’exception, affable causeur, « personnage » local apprécié de tous. Un gentilhomme serein, grand raconteur d’histoires. Un homme ayant fait du détachement amusé un art de vivre. Nuits fiévreuses sur des tables de bridge… Difficile de ne pas l’affubler d’un flegme à la Holmes, de chinoiseries à la Duchamp. Cet homme est décidément trop classieux. Suspense.

La fin de sa vie est plus sombre : vivant seul ses deux dernières années, il se consacre à la lecture de Bossuet, et développe une passion exclusive pour les anges, dont il possède toute une collection. Il fait voisiner ses anges avec des soldats de plomb dont il est lui-même le maître-artisan : s’équipe à cette fin de moules de toutes sortes, ouvrage le plomb, alchimise. Amasse par ailleurs les boîtes à musique. Tout cet attirail de robots et d’yeux en extase, d’ailes inoffensives, de cylindres aériens, de douces musiques célestes, fait étrangement sens en regard des constructions folles projetées dans les Lettres : l’autobiographie rejoint le mythe cosmogonique. Toutes les avenues Moussempès (il y en a deux rien qu’à Biarritz) mèneraient invariablement à l’angélisation : ange = boîte à musique = soldat de plomb?

Nous savons que plus avant dans la vie, aux tout derniers moments, Jacques Moussempès meurt des suites de son sommeil, ironiquement, une nuit quelconque de l’année 1981. Les Lettres sont achevées trois mois avant son décès. Quelle fin souhaitable. Elles restent, les Lettres, avec les anges, et la grande musique.

Guillaume Fayard

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