Une œuvre d’art et sa critique

Critique de la critique critique (1)

Critique de la critique critique (2)

Une œuvre d’art vient d’apparaître dans le monde: un nouveau livre, un nouveau film, un nouveau récit. Vite ! Précipitons-nous, allons vite tout oublier devant.

L’histoire :

Dans une ville du sud-est des Etats-Unis nomméeSingapour, un tueur en série paraplégique boit du lait bio dans une assiette en or. Sa femme, suicidaire et droguée au polystyrène, décide de tout sacrifier pour lui sauver la vie. Au même moment, dans une ruelle du Bronx, le riche sénateur Parker, corrompu jusqu’à l’os, passe un coup de fil à un boxeur alsacien et l’informe qu’undocument secret portant sur la fabrication des flammeküche aurait été découvert sur la place Saint-Marc (panorama sur les bâtiments et petit historique de Venise.) Coup de théâtre !L’héroïne se déshabille soudain! Plan de huit minutes sur son buste agité d’élégantes convulsions: elle vient d’apprendre qu’elle est un homme et qu’un des bras bioniques de sa mère appartenait à un très dangereux groupuscule terroriste islandais. Elle se rhabille et finit de fermer sa porte à l’aide de son clitoris géant. Au même moment, l’année suivante, l’inspecteur Hammer, un homme dur et sinistre, découvre qu’un complot se tramerait, qui viserait à implanter une puce hypnotisante de 8 terrabits dans la moelle épinière des scientifiques de Disney-world.D’ailleurs, un chien à été retrouvé mort dans le garage d’un book-maker grabataire qui regarde la télévision pour se cultiver! Le chien ressuscitera-t-il ? Ce n’est franchement pas le problème. Trois hommes, bien bâtis et portant des lunettes de soleil, passent dans une rue noire envahie par une tempête de neige carbonique ; le professeur Z, pendu à une gouttière au-dessus d’eux, est certainement caché derrière tout ça!Mais non. Petit intermède musical, une reprise techno-transe de quelques tubes de Jean-Marc Thibaud (avec des samples d’Abba). On reprend le chapitre 5 avec la vilenie de la fille du tueur en série, qui vient d’embrasser sur la joue un sympathique postier homosexuel. Colère du père, et remous à la Maison-Blanche ; répétition de trois verbes à l’impératif dans une langue inconnue de notre galaxie – son pistolet laser s’enraye! A bout de souffle, le sénateur Parker, dans son bureau avec vue sur la mer et trois énormes gratte-ciels, appelle en vain le chien mort du garage, qui ne répond pas, trop occupé à compter un par un 700 billets de 20 dollars, qu’il place dans une valise à remettre à la créature de Plutonqui le fait chanter parce qu’elle, ou lui, ou enfin quelqu’un, couche avec la pulpeuse journaliste duChigago-Herald (qui a aussi des activités de pigiste au Nouvel Obs) ; cependant… quelqu’un décroche le combiné… mais c’est en fait le «ghost» de la puce hypnotisante qui a pris vie, se fait construire une villa à New York et constitue dorénavant une terrible menace pour la sécurité des citoyens américains que vous êtes tous. Scène de kung-fu métaphysique entre le sénateur Parker et le ghost pendant que Will Smith récite un passage du Kama Sutra avec des bruits de sirènes en fond sonore. Ailleurs (mais dans le même studio cependant), une mystérieuse malformation repompée dans The Fly atteint la mâchoire inférieure gauche de Brad Pitt pendant qu’il prend sa douche en survêt dans une maison hantée. La foule court dans les rues, affolée!Apparemment, ça va carrément mal, en plus il ne reste que 10 minutes et on n’avait plus que 100 000 dollars pour boucler le film. «Pourquoi ? Pourquoi?» crie désespérément une petite fille sortie de prison pour attaque à main armée sur l’embryon de son frère, avocat véreux à la solde d’une puissante compagnie financière, – et sur ce elle révèle que le secret de toute l’affaire sera trouvé dans un livre apparemment turc (la documentaliste du film est tombée malade), intituléLivre des morts égyptienCe livre est la clé des 7 assassinats de Manhattan! se dit l’inspecteur Hammer monté sur un panda en bronze retrouvé par hasard dans un temple maya. Du coup, zoom à partir de la lune sur le triangle des Bermudes où tout se décide finalement : Vicky, strip-teaseuse junkie, qui ne fait d’ailleurs pas partie de l’histoire, sera sauvée in extremis par le chef d’un gang de fourmis tueuses contrôlé en sous-main par la mafia sicilienne, auparavant convertie au christianisme par un cyborg unijambiste venu de l’espace (scène de cul dans les Alpes dans laquelle l’héroïne est fistée par un chamois trioliste). The end.

Les auteurs :
Steven SpielbergMuriel RobinTolkien.

Avec : Brad Pitt (le cyborg), Rocco Sifredi (Brad Pitt), Johnny Halliday (le chamois), Juliette Binoche (un arbre), Christine Angot (une flammeküche), Sami Nacéri (le pistolet laser),Shannon Doherty (la malformation), Lassie (le chien mort), Steve Jobs (la puce), Natacha Saint-Pier (le lait bio), Michèle Alliot-Marie(Vicky). Etc. etc.

Une coproduction M6 / Les Editions de Minuit /MTV Deutschland / Canal + / Lire.

(Note : la version DVD contient un bonus track : «Comment j’ai abandonné toute intelligence, et comment, ma foi, ça se passe pas trop mal pour moi, je reste un roi social souverain». La version livre ne contient pas de bonus track parce que le papier coûte trop cher.)
Prix :
Blatte de carton au Festival du film de Vesoul.
Prix Jeune et Jolie du énième roman.

Prix Cédric Klapisch du cadrage amateur.
Deuxième accessit du scénario décerné par le comité des Arts et Métiers de Liffol-le-Grand, dans les Vosges.
Bande originale :

Air + Daft Punk feat. Guy Béart.

La critique :

L’avis du Monde : beaucoup de monde aux séances.
L’avis de Libération : libérateur.
L’avis des Inrockuptibles : bons riffs de banjo à la fin de la 17è piste.
L’avis des lecteurs : formi.
L’avis des spectateurs : dable.
L’avis des auditeurs : audible.
L’avis de Ludovic Bablon : (bruits d’étranglement suite à une crise d’épilepsie. Vomissements. Internement. Engagement dans une mystérieuse association 1901 terroriste qui vend des légumes empoisonnés au sucre sur Internet. Bizarres ricanements en journée.)