Le viol est en train de devenir, saloperie après saloperie, et c’est bien agréable à voir, un véritable sujet de société.

Le tabou tombe. On vient successivement d’encaisser plusieurs affaires :

  • le puissant politicien Dominique Strauss-Kahn, grand intellectuel de l’économie, multi-diplômé, au CV prestigieux, bon directeur du FMI, probable ex-futur-vainqueur de la présidentielle 2012, accusé, soupçonné de 3 viols : agression sexuelle sur Tristane Banon, viol avec une prostituée qu’il a forcée, et viol sur Nafissatou Diallo à qui il a payé 6 millions de dollars sans reconnaître aucune culpabilité (la loi américaine est pro-viol de facto),
  • le puissant politicien Silvio Berlusconi (Rubygate),
  • le prestigieux entraîneur de tennis Régis de Camaret (a violé une vingtaine de ses élèves, dont plusieurs championnes de France),
  • le célèbre footballeur Frank Ribéry (le recours aux prostituées est assimilable à du viol car qui vend son corps de son plein gré ? qui rêve de se prostituer ?)
  • l’animateur vedette de la BBC Jimmy Savile (a violé plusieurs centaines d’enfants).

Ce ne sont que quelques stars de la criminalité sexuelle massive à l’encontre des femmes. Selon les stats, une femme sur 6 et un homme sur 10, quand même, auraient été victimes d’abus sexuel.

Mais cet article ne porte pas sur la violence faite aux femmes, mais sur la nécessaire transition vers une égalité complète entre les genres et les orientations sexuelles.

Là où je pense pouvoir apporter quelque chose au débat, c’est par des observations et des réflexions qu’on ne voit et n’entend que très rarement aujourd’hui, et qui même, probablement, vont choquer, susciter des réactions négatives, des dénis, peut-être même des insultes ou des accusations contre moi, on verra. Ces observations et réflexions, les féministes comme les sexistes s’en foutent.

Mon propos ici est de souligner deux aspects largement méconnus de la question de l’égalité de genre et du sexisme.

Pour être clair, on appelle sexisme toute pensée ou tout comportement qui s’appuie sur l’idée d’un droit supérieur ou d’une aptitude supérieure d’un sexe sur l’autre.

En général, on veut désigner par là le sexisme masculin qui transforme, par exemple, les femmes en biens de consommation sexuelle.

On entend rarement parler de sexisme en sens contraire parce que bien peu de femmes cherchent à dominer les hommes, il semble bien qu’elles ne soient pas attirées par ça – c’est peut-être seulement culturel et peut-être qu’une société où les femmes opprimeraient les hommes est possible ou a existé quelque part, je ne sais pas.

Quand on dénonce le sexisme – et j’y applaudis des deux mains et je passe du temps à le dénoncer – on oublie cependant deux aspects inter-reliés, que voici et que je vais détailler :

  • 1/ Des hommes sont aussi victimes du sexisme masculin.
  • 2/ Des femmes collaborent aussi au sexisme masculin et en profitent.

Allons-y, développons.

 

1/ Des hommes sont victimes du sexisme masculin

Basiquement, quand un bébé mâle vient au monde dans une société sexiste, c’est à dire dans l’écrasante majorité des sociétés du monde contemporain, il n’a pas demandé à être formaté toute sa vie comme mâle dominant.

Le mâle humain dans nos sociétés se fait formater toute sa vie à mort pour devenir un connard de macho, à la base ce bébé, ce garçon de 2 ans, de 4 ans, 6 ans, 8 ans, 10 ans, 12 ans, 14 ans, 16 ans, n’avait rien demandé à la société.

On lui offre des jouets de garçon, des armes de cow-boys qui servent à génocider les Amérindiens, des robots-tueurs hyper-puissants.

On lui laisse ou lui fait regarder des animations japonaises ultra-violentes et ultra-sexistes comme ceux qu’on voyait quand on était enfants dans les années 80-90 :

  • Nicky Larson, obsédé sexuel ;
  • Cobra, obsédé sexuel ;
  • Albator, avec sa copine à la fois sexy et désexualisée, troublant déni pervers ;
  • les Chevaliers du Zodiaque, avec un sentimentalisme dégoulinant pour les filles et la guerre permanente pour les garçons ;
  • les Tortues Ninja, pacifiques herbivores transformées en spécialistes agressives des arts martiaux ;
  • Candy, Juliette je t’aime ou Princesse Sarah avec leurs scènes larmoyantes et leurs amourettes ridicules, pour filles ;

bref, toute cette merde culturelle internationale que TF1 nous a passée en boucle  (TF1, ancienne chaîne publique privatisée par la droite chiraquienne dans les années 80 avec un contrat initial d’excellence culturelle, qui consiste finalement à « vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible »…)

On l’habille de pantalons bleus et on habille les filles de jupes roses.

On l’encourage à parler et à bouger, alors qu’on encourage les filles à se taire et à « se tenir tranquille, bien sage ».

Une fois adulte, ou adolescent à l’approche de cet âge, le mâle hétérosexuel pubère et sexuellement mature, corporellement et hormonalement incité à faire l’amour et à se lier par l’amour, s’aperçoit forcément qu’il existe tout un tas de règles, certaines explicites, et la plupart implicites, qui doivent guider sa conduite.

Il ne doit pas exprimer des sentiments sensibles, sous peine de perdre sa virilité donc son sex-appeal, donc de perdre toute perspective d’avoir une sexualité et une affectivité dites « normales ».

Il ne doit pas pleurer quand il est triste, ni se plaindre, ni avouer qu’il a mal.

Il ne doit pas être taciturne ou effacé ou porté à l’intériorité et à la pensée silencieuse, car c’est considéré par les hommes et les femmes déjà formaté-e-s comme des signes de faiblesse et d’infériorité.

Au contraire il doit s’affirmer, faire son possible pour dominer les autres garçons et les autres hommes, s’opposer à eux, triompher d’eux, et dans ce cas il gagnera la récompense suprême : la femme, l’amour, le mariage.

C’est le schéma des deux millénaires de judéo-christianisme gréco-latin que des centaines de millions d’hommes européens, puis (par acculturation) africains, américains, indiens, chinois…, viennent de subir.

Savez-vous que Cendrillon n’est pas du tout l’œuvre de Perrault qui n’est qu’une réécriture, un plagiat, mais un conte d’origine égyptienne, qui date de plusieurs centaines d’années avant Jésus-Christ ? Cendrillon raconte l’archétype sexiste d’une vie d’homme et d’une vie de femme : pour la souillon, s’anoblir par alliance ; pour le prince, trouver une princesse dans les cendres. Lui a le pouvoir et l’argent, mais pas la femme. Elle accède par lui au pouvoir et à l’argent. Le conte ne dit pas comment font les hommes qui ne sont pas princes pour trouver l’amour, ni comment font les femmes qui ne sont pas assez belles pour sortir de la misère.

Ce christianisme consiste en un Dieu le Père, qui sacrifie Dieu le fils de la Vierge Marie-Salope asexuée comme la copine d’Albator, pour sauver l’humanité conduite par les Patriarches Juifs, puis par les Patriarches Chrétiens, ces fils de pute symboliques.

Tout ce formatage des garçons et des hommes par la culture sexiste, viriliste, fait une masse de victimes masculines.

En effet, puisque le but de la vie en société chez les mâles humains consiste d’après nos critères civilisationnels à affirmer leur force contre les autres, il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur dans la série de ces compétitions enchaînées, et déchaînées.

  • Les guerres d’abord. Décrétées par les pouvoirs autoritaires, elles ont forcé dans l’histoire des centaines de millions d’hommes à combattre entre eux et mourir pour leurs maîtres.
  • Le sport – venu de l’athlétisme grec, qui servait à former des guerriers et des colons vainqueurs –  montre l’image typique de cette lutte culturellement organisée et valorisée des mâles entre eux : 10 sprinters s’alignent au départ, et 1 seul franchit la ligne d’arrivée le premier. Gentil, le système accepte de valoriser 2 autres mâles, le 2è et le 3è, considérés comme potentiels futurs vainqueurs. Cela génère 7 perdants… Nés pour perdre ?
  • En foot, le n°10, le buteur est le Héros des 11 ou des 22. Cela génère 10 à 21 faire-valoir.
  • En tennis, le tournoi n’a qu’un vainqueur. 160 joueurs s’alignent au départ, un seul gagne. Cela génère 159 perdants.

Etc etc. Les sports comme la guerre, comme les compétitions économiques et sexuelles, organisent la guerre fratricide des hommes entre eux, la loi des plus forts sur les plus faibles.

Bref, on retrouvera le sexisme partout où on le cherchera, et partout on verra pour les garçons un encouragement à éliminer les autres.

Il est évident qu’un grand nombre d’hommes ne souhaitent pas passer leur vie à se battre, parce qu’ils n’en ont ni les moyens ni surtout la volonté.

Ils ne jouent donc pas le jeu, et ne gagnent donc pas. Ils ne finissent pas premiers, les caméras ne focalisent pas sur leur visage, leur nom n’est pas connu, les médias s’en foutent, les femmes non plus ne les regardent pas.

Les hommes qui ne sont ni beaux ni forts, tous ceux à qui on ne reconnaît pas totalement le fait d’être « un homme, un vrai », végètent plus que les autres. Ils s’en veulent à eux-mêmes, se déconsidèrent du fait d’être déconsidérés.

Les hommes qui ne se battent pas pour le pouvoir et l’argent, n’auront finalement, comme les femmes, ni l’un ni l’autre. Certains, qui se battent et perdent, n’auront rien non plus que leurs yeux pour pleurer.

Sans pouvoir, sans argent, sans prestige, sans valeur, dans le système sexiste ces perdants masculins ont plusieurs destins, plusieurs évolutions possibles.

  • Certains, privés de considération, d’amour, de tendresse, de sexe, satisferont leurs besoins naturels, hormonaux, cérébraux, génitaux, par la force, et deviendront violents ou violeurs – une manière d’affirmer cette puissance sexuelle, cette masculinité qu’on n’a pas voulu leur reconnaître.
  • D’autres se résigneront et deviendront asexués, phobiques de l’amour, déprimés sociaux, alcooliques, toxicomanes.
  • Certains deviendront fous ou criminels, et les États et les médecins d’État s’occuperont de leur cas : cachets, camisole, asile, maison de correction, prison.

2/ Des femmes collaborent au sexisme masculin et en profitent

L’oppression historique des femmes par le système patriarcal est certes encore trop peu reconnue mais déjà très bien documentée. Exclusion de la sphère politique, exclusion du travail rémunéré et obligation de travail domestique gratuit – une forme d’esclavage – , violences physiques et sexuelles subies en masse…

Cette oppression fait mine de s’adoucir par l’accumulation de menus privilèges concédés par les hommes aux « faibles femmes »  – sans qu’elles non plus n’aient rien demandé à la base – en raison de l’idée sexiste archi-fausse et ultra-répandue que, en tant que « sexe faible », elles méritent d’être traitées comme des infirmes, des assistées, des incapables qu’il faudrait soutenir et aider dans tous les aspects de leur vie :

  • La « courtoisie ». Cela consiste pour les hommes à ouvrir la porte aux femmes, à leur enfiler leur manteau comme des gamines, à les porter pour leur faire franchir le seuil de la nouvelle maison du couple marié hétérosexuel, etc. Cette courtoisie ne connait aucune réciprocité éthique. Aucun code moral n’implique que les femmes traitent les hommes avec douceur et gentillesse comme si les hommes n’arrivaient pas à ouvrir des portes, s’habiller eux-mêmes, ou tenir debout et marcher tout seuls.
  • Les avantages économiques. Les « Je te paye un verre / Tu m’offres un verre ? » dans tant de situations concrètes, dans tant de feuilletons, de films, de romans. La gratuité des clubs, quand c’est payant pour les hommes. La gratuité pour les sites de rencontres, payants seulement pour les hommes. La facilité à trouver des apparts pour ces femmes qui sont jugées jolies, sociables, a priori agréables à vivre. Tout cela étant bien sûr maintenu par l’inégalité salariale : à boulot équivalent, une travailleuse gagne moins qu’un travailleur. Le serpent sexiste se mord la queue, sans vraiment en jouir.
  • L’initiative sexuelle. Il n’arrive presque jamais qu’une femme soit la première à dire son attirance à un homme qui lui plaît. « Tu danses / Oui-Non. » « On fait l’amour ? / Oui-Non. » L’homme doit systématiquement prendre en charge l’initiative. Quand deux personnes hétéro ressentent une attirance réciproque – se regardent, se reniflent, se parlent longtemps, si longtemps que tout le monde comprend bien ce que cette durée signifie, elle veut dire des deux côtés « tu me plais, j’aime t’écouter, continue à parler avec moi, rien qu’avec moi… » – implicitement l’homme sait qu’il doit « faire le premier pas », et la femme sait qu’elle doit attendre que l’homme fasse le premier pas, sous peine de passer pour une débauchée qui manque d’éducation, c’est le cas de le dire – elle ne serait pas suffisamment sexiste, pas suffisamment dominée, pas suffisamment privée de son autonomie amoureuse.

Les femmes, une fois éduquées dans la culture sexiste et leur rôle bien appris, leurs leçons de « féminité » bien répétées,  collaborent à tout cela activement par leurs goûts, les images tendres et pleines de couleurs pastel qu’elles likent sur Facebook, leurs fiches Meetic dont 50% environ contiennent une allusion claire au thème du « prince charmant » (Cendrillon a la vie dure…), par leur comportement dans les lieux de rencontre que sont les bars et les clubs et autres lieux de fête ou de sortie, par leur habillement fait pour provoquer et polariser le désir, par leurs imaginaires amoureux et sexuel, par leur passivité acceptée, par leurs écrits romancés, etc.

 

Comment sortir de là ?

Cet article ne va aucunement contre le combat féministe, tellement légitime et nécessaire, contre l’oppression sexiste dans sa version capitaliste. Mais trop souvent, on oublie que le système fait des victimes masculines en masse – ces hommes toujours rivaux qui s’entretuent ou s’éteignent – et des bénéficiaires féminines – ces femmes qui, leurs droits à l’égalité étant bafoués par ailleurs, vont profiter parfois sans vergogne des avantages que leur offre le système.

Comment sortir de là ? Par un DOUBLE mouvement.

De libération des femmes. De libération des hommes.

De cessation des privilèges masculins. De cessation des privilèges féminins.

Partager le travail.

Partager le pouvoir politique.

Partager l’initiative amoureuse et sexuelle.

Partager les tâches ménagères.

Partager l’éducation des enfants.

Eviter autant les discriminations que les favoritismes.

Se reconnaître mutuellement des droits et des responsabilités égales.

Et vivre ensemble sans domination de genre !