Je tombe souvent sur des gens coincés du cul, hostiles au plaisir sexuel, et qui soutiennent la thèse délirante comme quoi pour vraiment « jouir bien » il faut « vraiment aimer », et pour « vraiment aimer » il faut « connaître ».

Alors comme j’aime pas trop me faire dicter ma morale sexuelle par de la flicaille frigido-répressive, je vais prouver le contraire. Et ce, même pas par une énième théorie loufoque, mais, en bon anarchiste, par l’exemple, par les faits.

En 2010 je vis à Berlin et traîne sur Craigslist, site de petites annonces pour anglophones.
Je suis en rupture de copine donc je me fais chier, personne avec qui baiser.
Je tombe sur une annonce : une femme cherche un « sexfriend pour faire l’amour le dimanche ».
Moi les dimanches j’ai rien de prévu donc je réponds. Présentation, photo. Elle répond, présentation, photo. On semble d’accord.
Je lui propose de corser le jeu.
Je lui dis : « On peut rendre ça plus poétique que trivial. On se rencontre, je t’invite chez moi et on s’impose le SILENCE ABSOLU ; pour peu qu’on se plaise mutuellement sur un plan physique, on fait l’amour direct. Ainsi, seul le langage du corps et des émotions physiques nous permettra de faire connaissance. C’est une contrainte qui me semble bien excitante ! »
Elle répond, elle dit : OK. A dimanche.
Dimanche elle arrive, elle me plait, me convient du moins, je lui plais, lui conviens du moins.
Alors, on se fait un câlin, on s’embrasse, on se caresse, elle me suce, je la lèche, je la baise, je l’encule, on jouit, on se repose, elle me resuce, je baise ses seins, je viens dans sa bouche, j’y jouis (2è), on se repose, se caresse, se câline, je la masturbe, elle jouit, je la prends en levrette, je l’encule une deuxième fois, je jouis une troisième fois, elle doit en être à son 4è ou 5è orgasme (elles jouissent presque toujours plus que moi, mes partenaires, puisque je cherche et trouve leurs zones érogènes diverses et variées, et que je suis moins accessible à l’orgasme que la moyenne, donc rien d’exceptionnel, ici), on se repose, se câline, TOUT CELA EN SILENCE, et là je dis : « Ok, so what’s your name again ? And, what’s your job ? Do you have political opinions ? Where are you from ? ».

Dana, comptable communiste d’Allemagne de l’est, venait de me faire jouir 3 fois, avec ses propres délices. J’ai eu de plus mauvaises rencontres, dans ma vie, même avec des gens qui parlaient, trop souvent pour ne rien dire.

Alors ne venez pas me raconter n’importe quoi. Pas besoin de passer 2 ans à discuter avant de se mettre une langue dans la gorge et un doigt dans le cul, et a fortiori ma bite.

On s’est revus deux fois les deux dimanches suivants, Dana et moi. Même jeu, avec des variantes, même plaisir partagé sans complexes.

Ensuite j’ai rencontré Lisa, superbe jeune actrice allemande, paumée, touchante, drôle, alors j’ai écrit à Dana pour lui dire que, Lisa n’étant pas favorable à ma liberté, et Lisa étant aussi dans un besoin d ‘amour qui ressemblait à de la détresse (son père a été assassiné pendant notre relation chaotique…), je préférais donner raison pour l’instant à Lisa, pas en droit, mais juste dans ce contexte précis.

Dana m’a répondu qu’elle avait aussi rencontré quelqu’un, était tombée amoureuse, d’ailleurs je les ai vus en ligne sur le profil Facebook de Dana, j’ai liké leurs jolies photos de couple, et j’ai été très content pour leur couple qui a duré longtemps. Dana et moi, on baisait très bien, mais on n’aurait pas pu tomber amoureux l’un de l’autre.

Je précise enfin que Dana appartient à la catégorie, certes très subjective, des femmes pas super belles. Son visage et son corps, comme les miens, sont loin d’être parfaits. On avait d’ailleurs des corps très opposés, elle un peu forte, moi maigrichon. Eh bien ça ne nous a pas du tout empêché, ça non plus, de nous donner tendresse, désir, amour et plaisir.

Vive l’amour, à bas les curés et les apôtres du refus d’aimer et de baiser avec autrui.