Abû Nuwâs, poète iranien de langue arabe, VIIIe-IXe siècles.

Son nom complet : al-Ḥasan Ibn Hāni’ al-Ḥakamī.

En arabe : أبو نواس الحسن بن الهانئ الحكمي

Abû Nuwâs était homo amateur de garçons, et quoique musulman et ami du Calife Haroun ar-Rachid, il chantait l’alcool et les plaisirs de la chair… avec pourtant, toujours, une étincelle de spiritualité dans les yeux 😉


Cinq fois par jour je fais pieusement mes prières.
Docile, je confesse l’Unité de Dieu.
Je fais mes ablutions lorsqu’il me faut les faire.
Je ne repousse pas l’humble nécessiteux.
Une fois l’an, j’observe tout un mois de jeûne.
Je me tiens à distance de tous les faux dieux.
Il est vrai, cependant, que point ne suis bégueule
et que j’accepte un verre quand il est en jeu.
J’arrose de vin pur la bonne viande
de chevreaux et cabris gras et pleins de saveur,
avec œufs et vinaigre et des légumes tendres,
souverains contre la migraine du buveur.
Et quand un gibier passe à ma portée,
Je me jette dessus comme un loup affamé.
Mais je laisse à l’Enfer l’hérétique portée
des Shiites, pour qu’ils y brûlent à jamais.

أصلي الصلاة الخمس في حين وقتها وأشهد بالتوحيد لله خاضعا
وأحسن غسلي إن ركبت جنابة وإن جاءني المسكين لم أك مانعا
وإني وإن حانت من الكاسِ دعوة إلى بيعة الساقي أجبت مسارعا
وأشربها صرفاً على جنب ماعز وجدي كثير الشحم أصبح راضعا
وجواذب حوّاري ولوز وسكر وما زال للخمار ذلك نافعا
وأجعل تخليط الروافض كلهم لنفخة بختيشوع في النار طائعا


De bon matin, un faon gracieux me sert à boire.
Sa voix est douce, propre à combler tous les vœux.
Ses deux accroche-cœurs sur ses tempes se cabrent.
Toutes les séductions me guettent dans ses yeux.
C’est un Persan chrétien, moulé dans sa tunique,
qui laisse à découvert son cou plein de fraîcheur.
Il est si élégant, d’une beauté unique
qu’on changerait de foi — sinon de Créateur —
pour ses beaux yeux. Si je ne craignais pas, Seigneur,
d’être persécuté par un clerc tyrannique,
je me convertirais, en tout bien tout honneur.
Mais je sais bien qu’il n’est qu’un Islam véridique…


Ibrâhim an-Nazzâm nous tient
de vrais propos blasphématoires.
Il me surpasse en athéisme
et son hérésie est notoire.
Lui dit-on : « Que bois-tu ? » Il répond : « Dans mon verre ! »
Lui dit-on : « Qu’aimes-tu ? » Il répond : « Par-derrière ! »
— « Et que délaisses-tu ? » Réponse : « La prière ! »
On lui dit : « Que crains-tu ? » Il dit : « Rien que la mer ! »
On lui dit : « Que dis-tu ? » Il dit : « Ce qui est mal ! »
Puisse Dieu le brûler dans le feu infernal.


J’ai quitté les filles pour les garçons
et pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire.
Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J’ai coupé les rênes et sans remords
j’ai enlevé la bride avec le mors.
Je meurs d’amour pour lui, en tout point accompli
et qui se perd en entendant de la musique.
Mes yeux ne quittent pas son aimable physique,
sans que je m’émerveille à le voir si joli.
Sa taille est un roseau, sa face est une lune
et de sa joue en feu ruisselle la beauté.
Je meurs d’amour pour toi, mais garde mon secret :
Le lien qui nous unit est une corde sûre.
Que de temps il fallut, pour te créer, aux anges !
Tant pis pour les envieux : je chante ta louange.
Ce que les pantalons ont caché se révèle.
Tout est visible.
Rince toi l’oeil à loisir.
Tu vois une croupe, un dos mince et svelte
Et rien ne pourrait gâcher ton plaisir.
On se chuchote des formules pieuses…
Dieu que le bain est chose délicieuse !
Même quand, venant avec leurs serviettes,
Les garçons de bain ont troublé la fête.