Après 32 heures de garde à vue au commissariat de Chaumont je suis poursuivi pour :

  • usage de résine de cannabis
  • avoir par écrit sur Internet fait l’apologie de crime d’atteinte à la vie et d’atteinte volontaire à l’intégrité des personnes, dans deux textes.

D’abord je reconnais être usager du cannabis, je suis également un activiste de la dépénalisation, comme la sénatrice Benbassa, l’ancien ministre Vaillant ou le Maire de Grenoble, Piolle.

Je consomme pour trois raisons :

  • c’est agréable ;
  • ça calme mes douleurs et mes angoisses de personne poly-traumatisée, si je consomme modérément, je dors mieux et je suis moins hyperactif, plus normal, moins excité ;
  • et ça accompagne ma créativité, par un effet mental à la fois relaxant et stimulant (j’ai beaucoup d’amis artistes et intellectuels qui adorent fumer aussi, et vous aimez probablement certaines de leurs oeuvres).

La loi me menace de prison, mais jamais aucun civil n’a porté plainte contre moi, pour rien, pas non plus pour cannabis. Je m’étonne donc d’être poursuivi, puisque mon léger usage de cannabis ne cause aucun préjudice à aucune victime. Je fais juste partie des 700 000 fumeurs réguliers et des 5 millions d’usagers du cannabis : où sont les poursuites pour les autres ?

Je ne conduis pas de véhicule, je n’ai pas de responsabilité parentale. Je ne suis donc un danger pour personne. Personne autour de moi ne se plaint de mon comportement. Avec ou sans cannabis dans le cerveau, j’ai de bonnes relations avec les gens, je suis favorablement connu pour ma gentillesse, mon humour et mon empathie, je m’intègre très bien à Chaumont où je suis arrivé sans connaitre personne et où j’ai maintenant des dizaines d’amis qui me savent usager du cannabis. La société n’a rien contre mon usage qui ne cause aucun désordre, la preuve, vous n’avez aucun plaignant contre moi à ce sujet, vous sortez vos poursuites d’une loi théorique.

J’ai été lauréat de 2 bourses nationales en 2006 et 2008 pour des œuvres écrites en partie sous cannabis et j’arrive encore à battre des amateurs aux échecs après une journée de petites cigarettes magiques, j’ai enseigné l’écriture à l’ESAD de Reims (j’en ai même parlé avec les élèves, expliquant que j’étais militant ; mon atelier a été excellent et la Directrice m’a félicité du résultat, un petit livre collectif de 60 pages de qualité écrit par 10 étudiants en art) et j’ai récemment gagné 7 de mes 9 dernières parties contre des joueurs qui n’étaient pas sous cannabis. Je suis graphiste, activiste, musicien, auteur, organisateur. J’ai testé mon QI à 135 sans cannabis et 127 sous cannabis, dans les 2 cas je reste dans les 5% des personnes les plus logiques, même si les 95 autres pour-cents ne fument pas. Mon niveau de français ne baisse jamais. Franchement, en quoi mon usage représente-t-il un problème ?

Je demande donc à ne pas faire l’objet d’une injonction thérapeutique, n’étant pas malade de ma fleur au pollen récréatif et thérapeutique. Je rappelle que le classement par la France du cannabis comme drogue ou comme stupéfiant n’est qu’une aberration pénale doublée d’une grave erreur médicale puisque le cannabis est dorénavant vendu légalement en tant que médicament dans plusieurs pays dont les Etats-Unis ou la Suisse et puisque le Sativex est autorisé en France depuis 2014. Des lois françaises ont organisé la persécution légale des juifs ou des homosexuels, elles organisent toujours la persécution légale des usagers libres de diverses plantes, et nous autres usagers et commerçants du cannabis nous fournissons 1/4 de la population carcérale, un drame humain organisé par l’Etat. Ces lois sont illégales car elles bafouent le principe fondamental de liberté et le principe pénal qui constate qu’il est absurde de punir les actes libres qui ne causent pas de préjudice à autrui. Article 30 de la La Déclaration universelle des droits de l’homme.

Je signale aussi que les statistiques montrent clairement que les victimes consomment plus de drogues et d’alcool, se suicident plus, meurent plus jeunes, etc etc, que les autres. J’ai été victime de 3 tentatives de viol ou abus sexuels, de 2 abandons de famille, d’une mère alcoolique maltraitante, d’un beau-père alcoolique violent et pédophile, et de quelques autres abus et violences. Aucune infraction subie n’a été réparée en justice, je n’ai que les séquelles existentielles, aucun dédommagement, et je constate que la justice se propose aujourd’hui de considérer une séquelle – le besoin chronique d’un truc qui me calme – comme un délit. Je ne commets pas de délit, je calme mon état de stress post-traumatique. J’ai fait avec succès une psychanalyse sur 2 ans il y a 10 ans qui a fait remonter énormément de douleurs morales en moi. J’ai bien le droit de gérer cela comme je veux, c’est mon esprit et c’est mon corps, l’Etat n’a pas à me soigner de force, ce serait une nouvelle forme de violence.

 

Ensuite, concernant les accusations d’apologie de crime, je défends la thèse que mes poèmes sont des poèmes, c’est évident dans la forme et c’est même dit dans les titres, Poème bouffon « pour tuer des flics » (comme si un poème avait un tel pouvoir…) et qui répète en vain la phrase « Je tue des flics » pour constater au final qu’elle n’a tué personne (en fait je constate ironiquement l’impuissance de la poésie à agir, sa totale inefficacité pragmatique : quoi qu’il prétende dire, le langage ne FAIT rien), ou fausse Recette de cuisine « pro-flics » (franchement, vous croyez que ça existe ? n’est-ce pas clair qu’on est dans un imaginaire satirique ?) ou soi-disant Chansons que personne ne chantera – et que je les croyais couverts par la liberté artistique, le second degré, la fiction. Le thème de la recette du boudin de CRS est une bouffonnerie évidente, une gaminerie espiègle comme j’aime en faire. J’étais bien conscient en écrivant et en publiant des blagues trash d’être dans la provocation, comme les sketches de Groland par exemple, ou les dessins de Charlie Hebdo. J’aime ce style d’humour noir, sulfureux, gore, macabre, où on exorcise le pire de l’humain, donc y compris la haine, la violence et la mort. Je ris facilement du racisme, de la misogynie, de la pédophilie, de la haine, de la bêtise, je les parodie ou j’incarne leur point de vue par goût du paradoxe et de l’antiphrase. Ce style d’humour est souvent victime de fanatisme et frappé d’interdit – alors qu’on n’a fait que rire. Je n’y suis pour rien si des lecteurs sont venus lire mes blagues sur mon site ou mon profil.

De plus j’ai vérifié les statistiques de mon site. Si délit il y a, les textes litigieux n’ont pas été lus par plus de 250 personnes en 4 mois.

Octobre 2018 Nov 2018 Dec 2018 Janv 2019 TOTAL
cuisine-francaise-pro-flics 39 32 34 41 146
poemes-pour-tuer-des-flics 11 8 14 67 100

Les poèmes que vous me reprochez ont fait 256 pages vues sur mon site – dont les visites des enquêteurs et mes propres visites quand je révise une page. Et quelques dizaines de vues probablement sur mon Facebook. Au maximum donc, mes textes n’ont pas touché plus de 150 personnes au total, dont essentiellement des amis à moi, car j’ai d’abord posté ces textes dans un groupe d’humour trash entre amis sur Facebook. Je pense qu’au moins 50 à 100 de mes lecteurs sont de mes amis. Ce qui limite à 50 à 100 inconnus maximum l’exposition de mes textes litigieux. Mes publications n’ont reçu aucun commentaire hostile. Personne ne m’a demandé de les supprimer.

Un texte humoristique d’auteur littéraire lu par 100 personnes doit-il amener son auteur en prison, quand un appel au meurtre sur un média de masse par un ex-ministre de l’Education n’a valu aucune poursuite à son auteur ? Moi, je plaisantais ouvertement, lui non.

Alors quel est le préjudice et où sont les victimes ? Mes poèmes ont occasionné combien de jours d’ITT après constat médical ?

Par ailleurs j’ai pris conscience en discutant avec des policiers et policières pendant ma garde à vue que mes écrits les blessaient vraiment, qu’ils me lisaient d’une manière plate que je trouve très naïve et incorrecte, au premier degré quand je suis monté au 13ème (car comme disait Cocteau, « Il faut savoir jusqu’où on peut aller trop loin » : là, ok, j’ai vu que la police posait une limite…) Je n’ai pas aimé découvrir que certains avaient même eu peur que je sois leur possible futur assassin ou un complice moral des agresseurs de policiers, un vrai danger pour eux. ça me blesse qu’ils aient cru ça et je tiens à leur redire que je ne ferai pas ça, même dans la vidéo privée qui les menaçait de représailles en cas de nouvelle agression physique de leur part me rappelant les violeurs, ce que je voulais c’était les dissuader, leur dire de s’en tenir à la déontologie avec moi, qui ne suis jamais violent physiquement, et je ne menaçais que leur bâtiment, pas leur personne, j’attaquais une fois de plus un symbole. J’ai une imagination horrible mais je ne fais pas ce que je suis capable d’imaginer, heureusement sinon le monde aurait brûlé mille fois et l’humanité péri pour ses crimes contre elle-même, et la police et la justice seraient en prison sous l’oeil vigilant de la liberté.

J’ai une preuve chez la police : en mars 2018 j’ai été, avec un ami, victime d’agression au centre-ville. Filmé, on voit qu’un homme essaye de me frapper à maintes reprises, et que je me contente d’esquiver. Pas une fois je ne réplique. Je m’en suis sorti sans avoir pris ni donné un seul coup, et j’en suis bien content, mon style d’art martial préféré c’est l’Aï Ki Do, rendre l’ennemi victime de son attaque sans rien subir (je ne sais pas faire mais j’admire) 🙂 Vous pourrez vérifier sur la vidéo ! Juste après, je parlais de les tuer, j’étais furieux. Mes mots dépassent évidemment mes intentions quand je suis en colère, et je suis fondamentalement un homme en colère. J’exorcise des souvenirs d’enfant témoin de graves violences conjugales par cet humour sinistre, notamment. Moi, ça me fait rire. Je ne voulais pas vous blesser, au pire vous laisser méprisants, moqueurs ou indifférents envers ce poète qui vous nargue.

Donc voilà, fonctionnaires de police, je regrette de vous avoir blessé-es ou fait peur pour vos vies, je n’avais pas fait preuve d’empathie en écrivant mes conneries, j’étais dans la joie de ma blague, ma petite vengeance cérébrale, mon rire contre vous, en votre absence, je n’ai pas pensé que vous puissiez réagir comme ça. Je n’ai jamais tenté de vous adresser personnellement une œuvre aussi provocante, ça je ne voudrais pas le faire, je le verrais comme une agression – le critère serait l’existence d’un ciblage personnel, impliquant une forme d’intrusion dans l’intimité d’autrui. Je ne fais jamais rien de tel, j’écris ce que j’écris dans mes espaces et pas ailleurs.

Vous me reprochez un abus de langage, mais savez-vous que grâce au langage, j’ai fait cesser une violence civile ? Un soir j’arrivais au Khédive, un homme a mis un coup de poing dans la figure d’un autre. J’ai réagi immédiatement, j’ai hurlé « Arrête de frapper ! Stop ! C’est un délit ! » et cet agresseur plus fort que moi a cessé l’agression, ses amis l’ont calmé ; je peux citer plusieurs témoins, dont T et M. J’ai fait régner l’ordre en quelques mots, sans violence, voilà le genre de citoyen que je suis dans la vraie vie quand je n’ai pas une plume en main pour tous vous trucider (pour rigoler).

Je pense que ma petite crise de colère transformée en humour méchant est passée avec l’automne des gilets jaunes qui a vu s’accumuler plus de 1500 blessés dont des personnes mutilées à vie, et je propose aux institutions qu’on reparte tous d’un bon pied – moi renonçant aux divins plaisirs de la délinquance verbale pour un moment (je dois me tenir tranquille jusqu’à mars 2020, ce n’est certes pas possible mais je ferai de mon mieux), vous continuant sur votre excellente route de respect des droits fondamentaux de la personne humaine, dont, je le reconnais, le droit à la sécurité et au respect dont jouissent les policiers et policières comme les autres citoyen-ne-s, mais aussi mon droit à tout satiriser.

J’ai aussi pris conscience que ce que je ressens n’est pas une haine de la police, car il existe de nombreux types de polices et que la population, dont moi, n’en veut qu’aux formes illégales de police du maintien de l’ordre, c’est-à-dire une petite minorité violente et illégale. Mes vannes antiflics ne s’adressent en fait qu’aux trop nombreux criminels qui portent l’uniforme républicain avec notre sang sur leurs mains. Qu’ils viennent donc porter plainte en leur nom s’ils se sentent offensés par mon cynisme, et qu’on examine le leur. Mes mains sont propres, pas de sang.

J’ajoute que je vais œuvrer en tant qu’organisateur de manifestations de gilets jaunes pour orienter le mouvement local de contestation vers des formes civiques, culturelles, artistiques, festives, en cherchant aussi à ne pas nuire inutilement aux autorités et en particulier à la police ou à la gendarmerie. Cela ne veut pas dire qu’on ne ciblera pas les autorités, puisque notre mouvement conteste le sommet de l’Etat, l’Etat est la voie royale du peuple en résistance ouverte contre la politique budgétaire nationale. Mais notre mouvement se caractérisera par son atmosphère positive, aucun blessé ne sera à déplorer dans aucun camp, on ne bloquera pas la route sans déclaration, on ne forcera pas de porte, on n’insultera personne, on ne forcera pas des policiers à se mobiliser pour nous inutilement. J’écoute ce que m’ont dit des policiers pendant les temps morts de ma garde à vue, et qui est du bon sens : quand on les mobilise pour rien, ils ne remplissent plus les missions ordinaires, qui sont d’assurer notre sécurité, de faire cesser les infractions. Je pense qu’il faut certes reprendre le contrôle de l’Etat, mais pas en diminuant le secours policier aux victimes ni en mobilisant ces fonctionnaires-là pour rien alors qu’ils n’étaient pas au centre de notre mouvement.

Je fais remarquer pour finir que toute la procédure a été à charge en permanence, jamais à décharge, et c’est scandaleux. Ce Commandant de police et ses agents violent la présomption d’innocence au quotidien, apparemment ?

Les enquêteurs auraient pu et dû enquêter aussi à décharge, et donc tenir compte de ce que je pense vraiment et dis clairement au sujet de la police : j’ai en effet publié un article le 20 juin 2018 qui décrit le projet de créer une police municipale, https://chaumont-renaissance.fr/proposals/5-creer-une-police-municipale Le contenu de cet article prouve que j’ai une approche ultra-civique de la mission de sécurité de la police.

On aurait pu citer mes plus beaux textes, par exemple Horreurs, qui montre mon empathie et ma solidarité envers les victimes et ma haine de la violence, ou Arlette, qui témoigne de ma capacité à me lier d’amitié avec quelqu’un de très différent de moi en apparence, ou Bonne nouvelle : la beauté est vivante, où je célèbre l’amour, et au lieu de m’expertiser je pense que ma lucidité de névrosé éclate à chaque ligne de mon récit de Ma psychanalyse. Si jamais on souhaite s’accrocher au plafond pendant que j’enlève le sol et sombrer dans le gouffre de mon humour noir, on peut lire la Charte de GangBang Verbal, mon groupe Facebook d’humour subversif qui a servi de thérapie par le rire à plusieurs dizaines de femmes et d’hommes surdoués et de victimes de violences. Quand on a lu ces textes, on n’imagine pas lire mes textes méchants mais drôles, parfois sadiques mais jouissifs, autrement que comme de la littérature. Je suis Ludovic, j’écris des déclarations de guerre, j’écris des déclarations d’amour, j’exprime tout simplement mes sentiments et j’essaye d’y mettre du style.

Pour sanctionner et réparer mon manque de lucidité quant aux souffrances psychiques policières engendrées par mes quolibets, je suis partisan d’une forme de justice restaurative.

Je propose de mettre la quantité de temps que vous jugerez convenable au service de l’intérêt public en effectuant toute tâche utile à la police, que ce soit du secrétariat, de la prévention, de l’enseignement, de la documentation, de l’informatique.

Par exemple, j’ai cette idée.
On sait statistiquement que les violences sur mineurs sont difficiles à détecter car les victimes ne vont pas spontanément porter plainte, ne connaissant en général pas les lois qui les protègent et punissent les délits et crimes commis sur eux.
Je pense qu’il faudrait monter un service d’interaction sur les réseaux sociaux à destination de ces jeunes. J’ai rencontré dans le département divers ados victimes de violences et violences sexuelles. J’ai incité certains à déposer plainte et voir un psy mais en général, c’est refus ; j’ai contacté un service téléphonique public de dénonciation des faits de violences sexuelles, mais ce service a été nul, j’ai abandonné. Il faudrait que des policiers/ières aimables avec les jeunes soient leurs amis sur Facebook et autres, ainsi ils/elles se confieraient probablement plus facilement, par messages privés. Ensuite pourraient s’envisager des auditions, puis des plaintes, et diminuer la quantité d’agresseurs qui circulent toujours librement.

Il faudrait la même chose pour les femmes battues et autres types de victimes peu enclines à parler.
La police pourrait créer divers profils officiels, mais personnalisés :
par exemple :
Aline, fonctionnaire de police à la protection des jeunes.
Thomas, fonctionnaire de police à la prévention des drogues.
Etc. (en changeant les prénoms si besoin)

Une dernière chose :

Je trouve absolument anti-juridique de menacer les citoyens de peines de prison de 1 an ou de 5 ans, pour des faits de fumage de fleur ou d’écriture de poème, n’ayant entraîné aucun préjudice sérieux. Je rappelle que la séquestration est elle-même punie de 20 ans de séquestration. Juges, procureurs, allez d’abord supporter vous-mêmes une semaine de prison, et voyez ensuite quelles menaces et quelles peines vous vous sentez humainement capables d’infliger à autrui. Vous ne devriez pas passer vos journées à menacer les gens de cette torture physique, mentale et sociale qu’est la prison. Comment jugez-vous les gens qui ne se contentent pas de faire l’apologie de cette torture, mais la pratiquent couramment ? N’est-ce pas autrement plus grave que ce que vous me reprochez ?