Note : euh, je me sens obligé de préciser que ce texte s’appelle « Lettre etc », mais qu’en fait, ce n’est pas une lettre que j’envoie vraiment au Tribunal. Je fais la différence, deux fois j’ai amené de vraies lettres, à valeur juridique, la première a occasionné une enquête, la deuxième n’a rien donné malheureusement. Ici, sur mon site, je suis dans un monde imaginaire, qui parle du réel, mais où il faut rester conscient qu’on est juste dans ma tête. Ce texte-ci est pour moi une manière de protester contre le fascisme français traditionnel et de discuter avec l’esprit de mes concitoyen-ne-s à propos de mon vécu et du leur. Je pense que j’ai carrément le droit d’écrire de fausses lettres qui ressemblent à de vraies lettres, à cette différence qu’elles ne sont pas envoyées aux destinataires (qui ne sera donc fondé à se plaindre de rien, n’ayant rien reçu à son adresse ; j’ai aussi écrit virtuellement à Obama ou Merkel, sur un ton très familier… mais ils n’en ont évidemment rien su). C’est aussi un jeu avec le réel et j’ai le droit de m’amuser avant de crever comme une merde.

Pour cette raison, si vous pouviez retarder les poursuites de quelques jours, ça m’arrangerait : si j’ai dit des horreurs illégales, peut-être mes amis vont me le signaler, je vais subir un tollé de réactions négatives, causer un trouble à l’ordre public, très limité et passager, qui va m’amener à m’amender de moi-même sans mobiliser 18 fonctionnaires ; dans le pire des cas, mon texte sera en rébellion ouverte vis-à-vis de lois du 19ème siècle censurant l’expression (ils fusillaient les ouvriers en grève, à l’époque, et donc t’envoyaient au bagne pour 3 mots de trop, dans l’esprit de ces barbares législateurs c’était logique, sales fumiers pseudo-républicains crypto-fachos de 1881), là encore le trouble sera somme toutes mineur en termes de dommages sociaux, Luc Ferry a fait bien pire sans être inquiété, moi personne ne me lit, je n’ai qu’une poignée de lecteurs/lectrices.

 

Cher monsieur le procureur,

ou chère madame l’auditrice de justice, substitut du procureur,

ma dépouille, toujours en vie, a fait cette semaine-ci un séjour de 32 heures en garde à vue au commissariat de Chaumont. Elle s’en est bien sortie, mais quelque peu chamboulée par les manières qu’on a en France de traiter les citoyens.

C’était marrant, mais parfois douloureusement long et ennuyeux. Etant surdoué et hyperactif je souffre mentalement si on appauvrit par la force des choses mon univers physique immédiat, donc mon univers mental. Je suis le genre de personne qui fait trois trucs à la fois, et qui enchaîne les tâches avec plaisir et rapidement. Privé de tout moyen de communication, isolé, sans personne avec qui parler, sans musique, sans documentaires sur la permaculture ou les guerres classiques ou, évidemment, les échecs (comme l’ont vu les policiers durant la perquisition à 3 chez moi), j’ai souffert.

Présumé innocent, protégé par le droit fondamental contre tout abus de l’Etat contre ma liberté, je me demande bien pourquoi j’ai souffert : si vous pouviez me répondre ?

En fait, on m’a privé de beaucoup de choses qui sont nécessaires à mon équilibre, à mes divers besoins fondamentaux :

  • Pas d’eau disponible, je devais demander. Pourquoi ? Je suis libre de boire, c’est implicite dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme, on se moque de qui ? Comme le petit prince je cherchais de l’eau dans ce désert, le pollen de cannabis du matin m’ayant donné soif.
  • Pas de café. Pourquoi ? Où est le risque ? J’ai jamais vu un mec égorger un maton avec du café.
  • Pas de cigarettes. J’ai souffert un stress physique causé par le manque de nicotine probablement. Pourquoi ? Merci à l’inspecteur Diego pour la clope sur le perron, entre fumeurs on se comprend. Une clope en 2 jours wallah c’est rèche.
  • Pas de chaussures. Oui, je devais retirer mes chaussures tout le temps. Pour prévenir le suicide soi-disant. Sachez que dans une chambre correcte, on ne déprime pas aussi volontiers que dans une geôle désertique, pas au point de se pendre avec ses lacets. Les gens désespérés font ça, j’étais juste indigné.
  • Rien à lire. Si, j’ai obtenu une concession de Diego qui était sympa ou qui jouait le rôle du flic sympa : il m’a filé un Journal de la Haute-Marne, que j’ai lu avec plus d’avidité que jamais. Mais c’était vite vu, et je n’avais plus rien à faire. Lamentable. En plus j’aurais préféré avoir les 10 derniers L’Affranchi, la ville ne pourrait-elle pas payer un abonnement à quelques journaux locaux pour mettre à disposition des citoyens engeôlés ? Même condamné à perpétuité, mon droit de lire reste imprescriptible.
  • Rien pour écrire. Bordel, j’écris 18 millions de mots tous les jours, j’ai tout recompté, et dans ma geôle pas une seule ligne en 32h ? Je proteste pour attentat étatique contre l’art et la liberté d’écrire !!!!!!
  • Pas de jeu d’échec. Eh oui, ce serait pourtant une excellente occasion d’initier les citoyen-ne-s à ce jeu formidable. On joue contre soi-même, c’est pédagogique.
  • Aucun ami. Alors que je passe ma vie à discuter avec l’humanité !!!!! Dans un pays dont la devise contient Fraternité !!! ça va pas la tête ???
  • Pas d’intimité. Pourquoi ?
    • Je suis un homme, j’ai besoin de sexe. Dans la geôle, vous me filmez en permanence et je n’ai rien pour éteindre la lumière. Sous les yeux de voyeur de l’Etat policier, je perds le loisir de me branler, pourtant constitutionnel. C’est malheureux !
    • Note : plusieurs de mes amis protestent contre le paragraphe précédent. Il s’agit de personnes que j’aime et respecte, et qui me conseillent de ne pas parler de masturbation en prison. Je pense que la question de la sexualité en prison est fondamentale et je proteste de mon côté contre toute censure, tout tabou, tout interdit de pensée. L’humanité entière porte un string panthère, vous aussi mes amis, ne mentez pas, la sexualité vous imprègne de fond en comble depuis que vous êtes né-e, vous puez le sexe vous aussi, malgré le parfum, c’est le sens même de notre existence biologique, j’ai appris les sciences, je n’ai plus honte du tout d’être un merveilleux animal qui bande. Va te cacher, censure !
    • J’AI VU AVEC HORREUR LE COMMISSAIRE ET UNE FEMME BLONDE, TOUS DEUX EN COSTUME, APPARAÎTRE DEVANT MA VITRE A 20H PASSÉES. Je me suis senti comme un putain de singe en cage : ces deux autorités-là garantissent mes droits fondamentaux, vraiment, dont mon droit à l’intimité ? Ce commissaire n’est pas monté du tout dans mon estime en me visitant de la sorte. Tu n’es rien venu me dire, rien venu m’amener, rien venu faire qui soit utile à l’enquête. Tu es venu m’humilier – je me suis senti humilié, c’était quelques secondes pénibles où je vous ai regardé éberlué avant d’enrager un bon moment dans ma tête. Je suis présumé innocent, tu me dois le respect, ne viens pas prendre sur mon corps un plaisir de voyeur quand je n’ai plus nulle part où me cacher. Je ne suis pas ton détenu et ta visite n’est en rien justifiée par les pouvoirs de commandement que le peuple français t’a malheureusement confiés. Tu te vengeais de ma lettre, peut-être, et de notre entrevue quand je te l’ai portée, du fait que je t’accusais d’avoir été l’instrument d’une politique nationale illégale organisée par Belloubet et Castaner, Phillippe et Macron ? J’aime pas du tout ton style, sache-le, et tu ne seras pas dirigeant ni cadre de la future municipale, tu chercheras une autre profession, on prendra quelqu’un qui aura le souci d’améliorer la dignité des conditions de détention en France.
    • Note : certains amis s’insurgent contre le dernier paragraphe, notamment l’usage du « tu ». Ce « tu » marque une brusque rupture du texte, une adresse directe, dans ma tête, puis sur ce site qu’on ne consulte que librement, à ce personnage de commissaire. Je rappelle juste que nous sommes présumés égaux en droit, donc un éboueur ou le commissaire ou moi c’est pareil, il est contraire à la devise nationale de faire des discriminations entre les citoyens sous prétexte d’une différence de rang ou de pouvoir, la loi s’oppose explicitement à de telles discriminations. De plus je ne fais qu’exprimer ma colère d’homme à qui on refuse l’intimité, je n’ai pas été prévenu de cette visite, ils m’ont pris par surprise, comme des violeurs, je n’aime pas ça et je tiens à le dire, c’est d’utilité publique. J’ai besoin de contrôler mon espace physique, je n’ouvre pas ma porte à n’importe qui d’ordinaire, j’invite chez moi qui je veux, refusant qui je ne veux pas. En geôle, ce droit m’est injustement refusé, comme il vous le serait aussi, nous devons nous battre pour rétablir la dignité sur ce point.
  • J’ai aussi besoin de pisser, chier, me moucher, nettoyer les endroits de mon cadavre qui se salissent comme les yeux (j’ai une légère infection à l’oeil gauche) etc. Or je n’ai aucun accès libre et intime à des toilettes ou une salle de bains. J’ai souvent des maux de ventre et la nuit, ça me stresse de savoir que je n’ai pas de toilettes disponibles, c’est humiliant de savoir d’avance que dans ce cas je devrais tambouriner à la vitre de ma cage, qu’on viendrait si on veut bien (à Reims, je demandais de l’eau et 5 flics se foutaient ouvertement de ma gueule, j’ai adoré… ils me tournaient le dos… riaient…), et qu’ensuite je devrais faire mes besoins dans des chiottes à la turque avec un flic direct derrière la porte en métal. C’est carrément humiliant là aussi. Pourquoi ai-je dû vivre ça ? En quoi l’égalité des droits est-elle respectée ? Ai-je le droit moi aussi d’enfermer tous ces gens qui m’ont enfermé, et de leur demander d’aller chier derrière une porte que je surveille ? Etat français, bande organisée de pervers sadiques.
  • Il se trouve que ma nuit s’est bien passée, je n’ai pas été malade, même si j’ai très mal dormi. Pourquoi doit-on dormir avec une couverture mince et courte, habillé, sur un banc de béton d’un mètre, avec un matelas en mousse de 4 cm d’épaisseur environ, lumière allumée dans la gueule ? Je répète à nouveau : j’étais, je suis, présumé innocent, et même comme coupable de méchants poèmes antiflics et de fumage de fleurs je reste plutôt quelqu’un d’apprécié socialement, j’ai des amis qui tolèrent mes nombreux vices. Une bonne qualité de literie ne pouvait pas nuire à l’enquête. L’Etat cherche-t-il sciemment, par ses mises en scène carcérales et son personnel disposé ou résistant au sadisme (moi, le sadisme me révulse, je ne pourrais pas faire ce qu’ils font), à créer des conditions de mauvais sommeil, une dégradation de l’état de santé, un affaiblissement de la vigilance ? Raison pour laquelle on limite la durée d’une garde à vue, car on sait que c’est « forcément » pénible ? Allez je le redis : pourquoi traiter ainsi les innocents ? Est-ce que des mauvais traitements font mieux cracher des coupables ? L’Etat a-t-il tout simplement un quelconque droit à faire souffrir les humains ? (LA RÉPONSE EST NON. La vengeance n’est pas une justice.)

Au sujet de la garde à vue elle-même, je me demande bien comment elle se justifiait. Il s’agit donc d’une privation forcée de liberté, et de tous les autres droits afférents. Or au moment où elle a commencé, à 10h jeudi 10 janvier 2019, je n’étais soupçonné que de délits verbaux sur mon site littéraire et mon Facebook, délits qu’on pouvait punir par exemple par une obligation de suppression immédiate sous peine d’amende des contenus litigieux – deux poèmes, quelques posts Facebook que j’aurais pu mettre privés. On a ensuite découvert un peu de cannabis chez moi, ma conso, et une vidéo certes bien douteuse sur mon téléphone, le délire d’un moment de colère, où je faisais des menaces conditionnelles, mais très graves, contre des bâtiments de l’Etat, dont votre tribunal, ce qui a justifié (et là, je suis d’accord) un second jour de garde à vue (oui, là j’étais un danger potentiel, il fallait éclaircir les choses, je ne le conteste pas, il était question de sécurité publique). Donc, à mon avis le premier jour de garde à vue n’était pas justifié.

Ou bien, était-ce pour des soupçons d’usage de cannabis ? Mais, je l’ai reconnu ouvertement sur mon site depuis des années, vous pouviez donc me condamner directement sans même me convoquer, ou en me convoquant, me faisant confirmer que j’étais consommateur régulier, je l’aurais fait sans souci, avant de retrouver ma chère liberté (et donc un dealer et mon shit) avec probablement une amende ? ou une injonction à ne plus faire usage de ma liberté de fumer une fleur ?

Pour toutes ces raisons je vous demande :

  • D’éviter absolument de priver les citoyen-ne-s de leurs droits. Je suis sérieux. Vous devez le faire.
  • D’œuvrer noblement pour mettre définitivement les conditions de détention provisoire à des normes d’humanité et de dignité plus élevées, plus respectueuses des droits et des besoins fondamentaux des personnes.
    • Il reste acceptable de proposer des cellules plus ou moins équipées, selon la dangerosité des personnes, la gravité des délits et crimes. Quelqu’un qui part en geôle après des faits de violence volontaire, évidemment, on ne lui offre pas un palace et on ne lui laisse pas d’armes possibles – donc pas de chaussures, mais par exemple il peut avoir une pile de magazines et livres à couverture souple, ou en demander, on ne peut pas tuer avec un livre. Quelqu’un qui risque gros court un risque suicidaire plus élevé, donc pas de lacets, mais il peut garder ses chaussures ; moi je savais que je risquais d’être sanctionné pour mes délires verbaux, la belle affaire pour un écrivain français primé deux fois nationalement (bon, vous me primez à votre manière), alors pourquoi m’avoir privé de mes chaussures ? Du coup, j’ai eu froid aux pieds toute la nuit. Je me suis senti puni, comme quand ma grand-mère enfermait ma mère dans le placard, ce qui l’a rendue phobique de l’obscurité avec de fortes angoisses nocturnes. Est-ce justice, de tenter de traumatiser les gens ?
  • De co-organiser avec l’ensemble des pouvoirs publics compétents une grande consultation populaire au sujet de la police, de la justice et des conditions de garde à vue, de perquisition, d’enquête, de procès et d’incarcération ou autre sanction. En collaborant avec la société, les institutions ne peuvent que mieux remplir leur rôle. Faut-il rappeler, avec amertume, que la justice française, qualifiée de « clocharde de l’Europe », y est classée 24è sur 28 ? On n’en veut pas aux fonctionnaires, on en veut au fonctionnement.
  • De créer ou développer une Maison de la justice et du droit, faite pour mieux informer les citoyens et les institutions, et interface de dialogue permanent. Je peux vous aider à monter cette Maison en tant que chargé de projet, car, quoique voyou de l’esprit, j’ai quelques talents d’organisateur/concepteur, que je vous offre sur un plateau d’argent, enfin, si vous aimez les plateaux d’argent, ou sinon, imaginez ce que vous souhaitez (un coussin rouge ?)

Voilà. Pour finir je vous demande, si ce que j’écris ne vous plait pas, si telle ou telle vanne offense trop une ignoble loi liberticide, de me dire de le supprimer ou de le modifier. Je préfère une censure limitée à la zone de mon délit : si c’est dans un texte, on s’attaque au texte, on ne vient pas casser toute la vie d’un auteur.

PS : n’entrez plus jamais chez moi en forçant ma porte légalement. J’ai horreur de me faire violer par la police. Sachez qu’il y a des limites. Attention, ou je fais des vidéos enragées sur mon téléphone et des poèmes cyniques sur mon site littéraire, aggravant comme un crétin les stats criminelles de notre merveilleuse France.