Au hasard de liens via rezo.net je tombe sur le blog de « maître Eolas » et notamment sur un post intitulé Incompréhension.

Ce post réfléchit sur le verdict d’une récente affaire de viol en réunion.

2 filles de cité ont été prises comme jouets sexuels par les ados mâles du coin.

Les voilà détruites, mais elles ont porté plainte et des années plus tard le procès aboutit.

Les faits sont assez évidents, les ados sont devenus grands et normalisés.

En gros, maître Eolas plaide d’abord une peine légère pour les violeurs, sachant qu’ils ont refait leur vie et qu’on ne va pas la leur briser.

Ensuite il évoque les victimes et c’est là que je veux vous faire entendre ce qu’il dit – ça me semble inadmissible comme point de vue pour un juriste :

Maître Eolas commente

« Là se situe à mon sens une deuxième explication. Les adolescents de 1999 sont devenus adultes, pères de famille, ont un travail, sont insérés et n’ont jamais plus été mis en cause dans des faits similaires (sinon la presse s’en serait immanquablement fait écho). Quel sens aurait une incarcération 13 ans après les faits ? Mettre la société à l’abri ? Mais on sait qu’ils ne sont plus dangereux, puisqu’ils n’ont pas recommencé. Punir les faits ? Certes, mais leur faire perdre leur travail, leur logement peut-être, priver des enfants de leur père, plonger toute une famille dans des ennuis financiers ? Sans pouvoir dire aux condamnés qu’ils n’avaient qu’à y penser avant : à 16 ans, ils devaient sérieusement penser que s’ils allaient violer cette fille, ils allaient perdre leur boulot et leur famille à 29 ans et voir disparaître toute appétence sexuelle ? Soulager les victimes ? Ah, la belle blague, qu’on leur raconte des années durant sur l’aspect thérapeutique de la condamnation, sur le fait que comme par magie, leur souffrance disparaitra ce jour là, et même parfois qu’il faut qu’elles attendent ce passage nécessaire pour commencer leur guérison. Combien de victimes entend-on dire qu’elles ont besoin que la justice “reconnaisse leur qualité de victime”. Comme si pour guérir on avait besoin que le médecin reconnaisse sa qualité de malade. Cela n’arrive pas. Après la condamnation, la souffrance reste la même, car la blessure est à l’intérieur, elle ne se transfère pas. La guérison de tels faits est impossible, c’est comme la mort d’un proche, le mal est définitif. On apprend à vivre avec, et à oublier la peine le temps d’un éclat de rire, sachant qu’elle reviendra le soir au moment du coucher. Et plus on retarde ce nécessaire apprentissage, plus il est difficile, et plus on souffre quand on réalise le temps perdu. Ce raisonnement revient à condamner les victimes à une souffrance éternelle quand l’auteur des faits n’est pas retrouvé ou meurt en cours d’instruction, réservant l’espoir de guérison aux seules victimes reçues comme partie civile et obtenant la condamnation de l’auteur des faits. Donc cela fait dépendre leur guérison d’éléments sur lesquels elles n’ont aucune prise. C’est plus que scientifiquement critiquable : c’est dégueulasse. »

Une victime commente Maitre Eolas

Donc, c’est à nouveau moi Ludovic qui parle.

Et je me pose de grosses questions au sujet de cette prise de position.

Alors monsieur le juriste je vais te dire. Tu ne comprends pas, tu as l’honnêteté de le dire, je me propose de te l’expliquer. Il faut que tu entendes aussi avec ton cœur, sans mysticisme aucune, mais simplement en ressentant.

Si ta mère a été violée par ton père, et que ta mère plus tard a fait des décennies d’alcoolisme, tu as envie que justice soit dite un jour, même un mardi, très tard le soir, même à Noël. Le gars s’est barré absolument, tu vois ? Il n’y a donc rien du tout à en tirer, aucune compensation pour le mal qu’il a fait. Bon, la justice refuse aussi et toi tu soutiens que c’est bien. Eh bien, tu ne nous laisses que nos yeux pour pleurer, Maîîître. Ce cas c’est ma mère et mon père. Je suis écrivain, mais ce cas est malheureusement une réalité biographique.  (Je te supplie de bien vouloir me croire. A mon avis c’est pas gagné non plus.)

Quand tu as été violé, tu deviens bizarre sur certaines choses. Genre, tu as des humeurs, des colères, des hontes, des silences, des incapacités. Du coup, les gens te trouvent bizarre. Souvent, tu oublies pourquoi tu es devenu comme ça. Tu en viens à douter de toi. Tu ne te comprends plus, le truc est vrai mais faux, il est réel et omniprésent comme trauma générant une émotion incompréhensible et invivable, mais il est aussi insaisissable parce que passé. Un constat par une autorité neutre servirait à dire le réel : oui, untel a touché, fait sucer, enculé, vendu, acheté, cogné, torturé, sa gamine, son gosse, son beau-fils, son frère, sa sœur, sa mère, etc. Oui, untel dit vrai et untel ment, un juge impartial en a la conviction après débat, ou des experts médecins l’ont constaté chez les uns et les autres.

Bordel, ta position est carrément sans empathie. J’aurais un gars comme toi en défense, je te virerais sur le champ après une déclaration pareille, sans honoraires, car ce n’est certes pas du travail que de refuser de considérer humainement l’aspect humain d’un problème juridique.

Tes affirmations, je regrette de te le dire mais c’est ça qui m’a conduit à t’écrire, sonnent comme ce que j’ai déjà entendu mille fois autour de moi à divers sujets par des voix un peu gnagnan, bêbêtes : « faut oublier », « ça passera ». C’est contre-productif, les vrais psys le savent, les pros de l’anti-suicide le savent, les gens qui s’occupent d’enfants à problèmes le savent, mais pas toi, pas vous. Je constate que tu écris beaucoup toi aussi, mais il y a du déchet chez toi aussi.

Tes phrases poétiques là : ta victime qui va « oublier la peine le temps d’un éclat de rire, sachant qu’elle reviendra le soir au moment du coucher », t’es à fond dans le déni, un lecteur de psycho saurait ce que c’est et le verrait à l’œuvre dans ta phrase de manière flagrante. Tu crois qu’un viol s’oublie en un jour ? T’es déjà devenu le jouet sexuel de quelqu’un toi ? Tu crois que tu retournes jouer au ping-pong quand ça s’arrête ? T’es complètement taré mon gars. C’est une pensée d’agresseur pervers que de dénier la souffrance des victimes. Ton article porte sur un viol collectif dans les pires conditions. Habitant de HLM, j’ai connu des filles qui y passaient, si tu veux savoir… Stéphanie D., ou « Rosie », ou Christelle G., ou Cathy S… Tu te protèges psychiquement de ressentir la souffrance des victimes ? Ou bien quoi d’autre ? Pourquoi tu écris des choses comme ça ? Tu balaies tes propres traumatismes d’un revers de main toi ? Tu dois t’en sortir vachement bien. Ou n’avoir aucun traumatisme.

Je peux te dire que oui, la reconnaissance publique d’atrocités privées fait réellement du bien aux victimes, t’as pas dû en défendre assez, ou alors sans les aimer.

Et les compensations en fric aussi c’est bien utile figure-toi, quand on peut les choper, parce que quand on t’a pollué le corps très jeune (là c’est pas mon cas), t’as parfois des zones à soigner longtemps, et ça coûte, la psychanalyse, le yoga, les drogues. La reconnaissance sert à obtenir paiement de ce frais totalement injuste dû à la barbarie sexuelle de l’agresseur, tu vois ?

Et puis au passage… t’es un pseudo donc… un homme… « maître »… peut-être une femme, ayant l’esprit de paradoxe ? En tout cas ton ressenti de la victime sonne vraiment plus comme celui d’un homme peu empathique que comme celui d’une femme généreuse.