J’aimerais parler cette fois d’un genre de souffrance psychologique bien réel que la société ne sait tout simplement pas nommer, d’où le caractère bizarre de mon titre…

Je veux parler de ces enfants et ados qui ont vécu avec un tyran domestique, ou deux, sans en être directement victimes, mais en étant témoin, de manière répétée, voire constante, de leurs violences.

J’ai déjà fait un long portrait détaillé d’un de ces tyrans domestiques, mon beau-père. Je me souviens très bien – et attention ce souvenir est horrible et choquant – d’un double choc que j’ai entendu. Un bruit terriblement angoissant. C’est d’abord le son du poing de cet homme dans le visage de ma mère, un premièr bruit sourd, puis le son plus sec et plus ponctuel de son crâne qui heurte le rebord en bois du canapé. Après cela on peut dire que le boxeur domestique avait mis son adversaire knock-out, en présence d’un enfant de 12 ans peut-être ?

Après cette scène, les jours d’après, les semaines, les mois, les années, la violence continue. Ma mère ne porte pas plainte, ne lui ferme pas sa porte, ne prévient aucune autorité, ne demande rien à sa famille, elle subit avec une sorte d’acharnement.

Je ne sais pas si le droit qualifie cela. La situation me semble très compliquée. Mais il me semble qu’il y a là deux traumatismes et finalement deux agresseurs contre l’enfant, dans cette situation maintenue de violence conjugale.

1/ En massacrant ma mère sous mes yeux, cet homme me descend évidemment moi aussi. Il assène des chocs violents à ma mère à moitié ivre, devant moi. Il est tard, il n’y a aucun adolescent assez développé ni aucun adulte autour pour intervenir. Cet homme est dans notre salon et c’est lui le roi. Cette situation m’inflige un choc violent, compliqué lui aussi : j’assiste à un acte de violence, de plus cet acte est dirigé contre la personne à qui je tiens le plus et dont je dépends le plus, et enfin je suis absolument impuissant, paralysé par la terreur devant la violence que cet homme déploie soudain, violence inexpliquée, disproportionnée, simple défoulement sadique.

2/ Ma mère, en tolérant la situation une fois, deux, trois, dix fois, m’inflige une autre série de traumatismes. Elle me montre que, visée par la pire des injustices, elle ne trouve rien à faire. J’ai 12 ans, je suis demandeur d’apprentissage : en exemple, j’ai une suicidaire sacrificielle, masochiste. Je ne peux strictement rien faire de bon avec un tel exemple, et je ne suis pas psy, encore moins à 12 ans. En choisissant, dans les moments où il n’est pas là, de ne pas demander d’aide, de ne pas faire changer la serrure, de ne pas appeler la police, elle décide également de ne pas nous protéger du spectacle de ce qu’elle subit. La voilà non seulement victime, mais elle aussi agresseur permanent contre notre confiance en l’amour, en la paix, en la famille.

Connaissez-vous un nom pour cette situation, ce traumatisme ? Il me semble bien que ça n’a pas de nom.

Le traumatisme indirect doit être du même ordre quand l’enfant ou l’adolescent est exposé à un parent toxicomane ou alcoolique irresponsable ou incompétent ou non-volontaire pour être parent, ou quand les parents sont des pervers qui s’insultent et se battent en permanence.

On est blessé d’être exposé de très près aux blessures d’autrui.

Aux blessés, il faut donc ajouter le nombre des témoins.